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[Review] 100 Bullets

 
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Point(s) fort(s) :


Un récit noir et intelligent
Des dessins sublimes
Un incontournable


 
En résumé
 

« L’agent Graves », c’est ainsi qu’il se présente. Il va vous donner de quoi tuer en toute sécurité, après c’est à vous de décider. De ce terrible monde, voulez-vous salir encore plus les murs ? Car pas besoin de vous pour cela, une organisation bien assez pourrie s’en occupe. 100 Bullets est un incontournable. Un comics qui vous piège comme ses héros et ne vous lâche plus jusqu’à la fin !

 
Infos techniques
 

Histoire : Brian Azzarello
Dessin : Eduardo Risso
Encrage : Eduardo Risso
Couleur : Eduardo Risso
Editeur :
 
Editeur VO :
 
Publié 9 février 2018 par

 
Dans le détail...
 
 

Vous feriez quoi avec 100 balles ?

L’avis de Ginlange :

1

00 balles, une arme, les preuves irréfutables accablant une personne d’avoir bousillé votre vie, tout cela dans une jolie mallette en cuir noire et l’assurance d’avoir une immunité totale. Tuer sans conséquence, ôter la vie en étant certain de pouvoir continuer la sienne. Que feriez-vous ?

Voilà comment en 1999 commence 100 Bullets, série culte de Vertigo, alors à son sommet d’inventivité et de productivité. Publiée tous les mois pendant plus de 10 ans pour se clore en 2009. 100 balles, 100 issues. Brian Azzarello qui a depuis travaillé sur Hellblazer mais à également écrit pour DC à de multiples reprises, a livré ici un travail titanesque lui valant sa réputation actuelle. Quand à Eduardo Risso, dessinateur argentin, il s’occupe d’illustrer par ses traits si particuliers les propos de son partenaire. Avec lequel il avait déjà collaboré pour Jonny Double et n’a pas manqué de récidiver depuis avec Batman : Cité brisée ou encore le récent Moonshine.

Cela débute par un choix. Tuer ou non. Dans ses premiers chapitres donc, la série avance en questionnant l’humanité, remettant en question une morale parfaitement établie : chaque vie humaine est importante. Histoires après histoires, plus ou moins longues, vous suivez des destins déchirants d’hommes et de femmes brisés par la culpabilité, le doute, la perte, auxquels cette mallette rajoute le pire des maux : la vengeance. Asséchant le cœur, noyant l’âme, elle avale tout sur son passage et chacun l’exprime d’une façon différente, décide d’y répondre, ou pas. Chaque récit est d’une terrible puissance, chaque personnage semble incroyablement humain. Une lecture profondément cathartique, déstabilisante, noire, réelle.

Là où 100 bullets aurait pu suivre ce concept indéfiniment, en le réinventant constamment (la série en aurait été capable, et cela avec brio), Azzarello et Risso décident de l’emmener encore plus loin. Par touches successives, ils installent une trame de fond et, chapitres après chapitres on se doute qu’ils nous mènent par le bout du nez, pour mieux nous duper. Cet agent manipule ces personnes, cet agent est manipulé par une organisation, cette organisation manipule le monde, tout comme Azzarello manipule son monde. Complots, corruptions se mêlent dans un monde de faux semblants où rien n’est ce qu’il paraît être. D’histoires tragiques à l’Histoire tragique, par ses intrigues à tiroirs l’auteur tisse sa toile et dévoile une série à l’ambition toute autre, aux dimensions plus grandes. Ainsi, au fil de la lecture la série grandit, évolue et ne va jamais là ou on l’attend.

Ayant parfaitement digéré ses références, livrant ainsi sa propre version du roman noir, mais avec des images, Azzarello, se glissant entre Chandler et Ellroy a tout prévu. Une immense trame qu’il nous raconte aisément en plus de 100 chapitres. Chacun d’entre eux est important d’une manière ou d’une autre. Un divin conteur et un immense magicien, qui me bluffe à chaque fois. Il a plus d’un tour dans son sac, c’est certain, et vous verrez que cet affreux prestidigitateur ne joue pas au petit malin. Il manipule vraiment le temps. Celui-ci est sans dessus-dessous, et c’est à vous de recoller les morceaux, de saisir les informations les unes après les autres, pour assembler le puzzle et comprendre le plan machiavélique d’une organisation criminelle hors norme, et d’un scénariste infiniment retors.

Ce qui m’a également marqué profondément dans l’écriture de ce cher Brian, est sans nul doute sa science des dialogues. Ses personnages, tous différemment, ont un ton, un rythme unique les rendant plus vrais que nature. Ça va droit au but, droit au cœur. La sensation de réel n’en est que plus forte, mais l’attachement à toutes ces personnes imparfaites et terriblement humaines aussi. Ce sont le plus souvent des ordures, il faut le dire, mais pas que. Tous incroyablement complexes, tout en paradoxe, jouant un jeu double, parfois triple, et œuvrant le plus souvent pour une seule personne, eux-mêmes. Comme nous tous enfin de compte. Il n’y a pas de tout blanc, encore moins de tout noir, il n’y a que du gris en ce bas monde, du bidonville à São Paulo jusqu’à la table de craps dans une chambre privé, en haut d’une des plus belles tours de Las Vegas.

Même si tout en haut, dans ces hautes sphères, où des hommes se prennent pour des dieux et se croient inatteignables, les desseins ne sont que plus noirs, et la moralité, un mot qui n’a plus de sens. Le monde d’Azzarello est menaçant, et tout le monde n’a pas la chance de démarrer avec le même nombre de cartes en mains.

Le dessin de Risso est, à ce titre, tout aussi important que la narration sans faille d’Azzarello. Jamais le travail de deux auteurs ne m’aura paru aussi complémentaire. Brut et rude, son trait est aussi simple qu’efficace, tout en retenue, ne dessinant que le strict nécessaire pour toucher encore plus. Un regard, une flaque de sang ; touché, coulé. Jouant grandement sur le noir, Risso livre des planches sombres et profondes, laissant apparaitre encore plus facilement les émotions les plus primaires, et plus principalement la colère. Jamais dans la facilité, chaque personnage est unique, son apparence reflétant parfaitement sa personnalité. Où le scénariste cache des indices dans ses divins dialogues, Risso les cachent dans ses arrières plans. Ses cases ont une vie, où plutôt plusieurs. Là où notre regard s’attarde sur la discussion entre nos deux protagonistes au premier plan, une seconde action a lieu au second. Menant à un événement deux cases plus loin, ou six pages plutôt. Bon parfois, trois chapitres en fait. Riche et simple, c’est paradoxal, mais terriblement vrai.

100 Bullets est une perle noire, et pour moi, plus qu’un des meilleurs comics du monde, une de ces plus belles œuvres tout simplement. Car 100 Bullets est complexe, 100 Bullets est profonde, 100 Bullets est dense, 100 Bullets est juste, 100 Bullets est intense, 100 Bullets est fascinante.

Bon, vous l’aurez compris, je pourrais parler de cette série indéfiniment, mais je m’arrête ici car il y a tant à dire, mais également tant à lire. Alors si vous voulez la découvrir, foncez ! Urban Comics réédite en ce moment ce chef d’œuvre en intégrale et la quatrième, et avant dernière, sort ce jour. Vous vous apprêtez à vous faire piéger, manipuler, mais pour votre plus grands plaisir. Et si vous les avez déjà lus, rouvrez donc ces livres ! Car ils n’ont jamais véritablement délivré tous leurs secrets.

Œuvre dense et sublime, d’un noir profond et d’un rouge sanguin, vous emportant pour ne plus vous lâcher, tel un rêve d’une sombre réalité.

 

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Ce sujet a 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour par  Ginlange, il y a 9 mois et 1 semaine.

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    Ginlange
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    « L’agent Graves », c’est ainsi qu’il se présente. Il va vous donner de quoi tuer en toute sécurité, après c’est à vous de décider. De ce terrible monde, voulez-vous salir encore plus les murs ? Car pas besoin de vous pour cela, une organisation bien assez pourrie s’en occupe. 100 Bullets est un incontournable. Un comics qui vous piège comme ses héros et ne vous lâche plus jusqu’à la fin !

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