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Batman Mythology Bruce Wayne

 

Point(s) fort(s) :


Riche et dense
Des récits qui donnent une vision intéressante de la relation entre Bruce Wayne et Batman

Point(s) faible(s) :


Rien de précis


 
En résumé
 

Plongez Sous le masque de Batman grâce à cet ouvrage Batman Mythology dédié à Bruce Wayne. Intéressant et offrant des pistes d’analyse décortiquées ici.

 
Infos techniques
 

Scénario : Bill Finger, Chuck Dixon, Roy Thomas, etc.
Dessin : Collectif
Editeur :
 
Editeur VO :
 
Publié il y a 1 mois par

 
Dans le détail...
 
 

Pour cette review de Batman Mythology Bruce Wayne, nous avons innové en vous proposant une chronique différente. Ainsi, c’est un numéro de « Sous le Masque » qui vous est proposé.

Sous le Masque est une rubrique qui vous invite à voir par le prisme de la psychanalyse sous le masque des super-héros et super-vilains de comics pour en dévoiler les énigmes et révéler leurs secrets inédits !

Batman Mythology Bruce Wayne


BATMAN MYTHOLOGY est une collection d’anthologies déclinant l’univers de Batman. Cela se fait sur des thématiques qui sont autant d’angles d’approche du Chevalier Noir. Cette anthologie Batman Mythology : Bruce Wayne se focalise sur son alter ego, le playboy, milliardaire, philanthrope (non, pas lui, l’autre !), à savoir le fils héritier de Thomas et Martha Wayne.

Des épisodes allant de 1950 à 2014 abordent ainsi différents moments où Bruce Wayne prend le pas sur Batman, narrés par différents auteurs allant de Bill Finger à Mark Millar en passant par Roy Thomas et Chuck Dixon. Le sommaire possède la lumineuse idée de découper ces épisodes en trois chapitres aux titres éloquents : “La vie volée“, “La vie rêvée” et “La vie masquée“.

Pour chaque chapitre, un édito mentionne l’angle choisi et la trame qui rassemble les épisodes collectés. Un texte de deux pages de Chuck Dixon, tiré de Batman Secret Files and Origins #3 de 1997, sous forme d’un papier d’une certaine Lola Charles s’adressant à la gente féminine pour décrire “Qui est Bruce Wayne“, où le regard féminin sur ce dernier n’est pas toujours celui auquel on s’attend clôture le dossier ainsi qu’un article sur la généalogie des Wayne intitulé “Sur les épaules des géants : les hommes qui ont fait Gotham” où l’on suit la famille Wayne de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, écrit par Scott Beatty pour Batman Secret Files and Origins #1, lui aussi de 1997.

Un sommaire de 13 épisodes pour une anthologie assez copieuse de 296 pages dédiés à celui qui se cache sous le masque de Batman (ou est-ce l’inverse ?), Bruce Wayne, dernier héritier de la famille Wayne. Un ouvrage complet, donc et fort intéressant pour analyser les liens entre Bruce Wayne et Batman.


La vie volée

Les épisodes de Batman montrent comment la vie de Bruce Wayne lui fut volée au moment du meurtre de ses parents dans Crime Alley. Ce point de départ fonde la mythologie de Batman, son évènement fondateur qui vient cristalliser tous les autres évènements précédents ou suivants. Tout ramène Bruce Wayne à cette scène traumatique d’un réel brutal lui volant ses parents, le renvoyant à son impuissance. Comme tout enfant vivant un tel choc, le décès d’un parent, brutal qui plus est, celui-ci peut éprouver un sentiment d’abandon en réaction à cet évènement. Les parents formant les figures de protection et d’attachement, leur disparition brutale va signifier inconsciemment que leur protection n’était qu’illusoire. De surcroît l’enfant va alors s’imaginer que si leur attachement avait été réel, ils se seraient arrangés pour ne pas laisser seul l’enfant livré à lui-même, qu’ils seraient toujours présents pour lui manifester leur attachement, à tout prix.

De la perte à la protection

Ainsi dans ce rappel des épisodes de la vie de Bruce Wayne, nous voyons comment ce dernier va aménager sa psyché afin de continuer à vivre tout en gardant l’empreinte indélébile de ce traumatisme. Nous verrons ainsi Bruce Wayne accepter le risque de tomber amoureux, malgré son désir de lutter contre le crime. S’opère ainsi une dichotomie que Bruce Wayne se formule assez directement. Il va céder aux sentiments, en confiant la tâche de lutter contre le crime à son alter ego, Batman. Celui-ci va dès lors représenter la part d’enfance traumatisée cherchant réparation tandis que Bruce Wayne pourrait continuer à vivre. Au moins à demi.

Car lors d’un autre épisode, “24 heures de la vie de Bruce Wayne“, nous verrons comment Bruce Wayne et Batman forment deux facettes non pas séparées mais en continu d’un désir de prendre soin des personnes qui les entourent, l’un avec ses moyens financiers, l’autre avec ses moyens de justicier. Le point de convergence étant là encore la tombe fleurie de ses parents, portant simplement l’intitulé Wayne, laissant imaginer de façon subliminale que cette tombe pourrait être aussi celle de Bruce.

Dès lors cette vie dédoublée, de Bruce Wayne et de Batman, serait un surplus de vie pour compenser ce qui est mort en lui suite au meurtre de ses parents. Pourtant, c’est aussi un moyen, un mécanisme psychique défensif visant à se prémunir de la pulsion à les rejoindre dans la mort. Batman serait alors le nom d’une hyperactivité luttant contre la chute vers la mort. Cet épisode n’est pas le seul à se clôturer sur la mort des parents, fixation batmanienne par essence.

Une dette parentale

Un autre épisode trouve aussi ce point de chute. Ainsi, il met en scène la dette qu’a Bruce Wayne à l’égard de Gotham, dans un récit où il doit défendre la ville face au Sénat. Cette dette que Bruce Wayne peut combler par sa prodigieuse fortune est d’ailleurs ici insoluble. Lorsqu’il est avancé au milliardaire que celui-ci aurait pu placer ses capitaux hors de Gotham, Bruce Wayne évoque alors cette dette qui est celle faite à ses parents. Avec la question corollaire : comment régler une dette contractée auprès de parents décédés ? Dès lors, cette dette apparaît sans fin, sans possibilité de lui retourner l’idée que sa dette est réglée.

Françoise Dolto, la célèbre psychanalyste des enfants, disait qu’ils n’avaient pas de dette à l’égard de leurs parents mais à l’égard de leurs propres enfants. Cela permettait justement à quiconque de s’inscrire non pas dans une dette qui attache mais dans une dette qui transmet. “Nos enfants sont porteurs de nos dettes, dettes dans le sens dynamique non résolue, de ce que nous avons mal vécu et qui est refoulé en nous“, disait la psychanalyste des enfants.

Cela s’applique tout à fait à Bruce Wayne, héritier de Thomas Wayne dont nous lisons qu’il aurait eu à réaliser de grandes choses. Dès lors, la filiation est rompue, et Bruce Wayne se voit chargé de cette dette à son insu. Il voit sa vie volée par cette dette qui attache et lie son sort à une ville comme d’aucuns voient leur sort lié à des figures dont ils attendent sans cesse une reconnaissance et un mot pour signifier leur émancipation. Si éduquer revient à permettre la meilleure séparation possible, en ayant soldé ce qui devait être réalisé pour transmettre au mieux, Bruce Wayne est immanquablement un enfant qui a manqué d’éducation.


La vie masquée

Cette vie volée et cette dette contractée impossible à solder auprès de ses parents, nous allons voir que Bruce Wayne parvient néanmoins à trouver d’autres figures auprès desquelles réaménager cette dette.

Le devoir de transmission.

Ainsi, il trouve des figures providentielles qui lui enseignent, par leur acte d’aide désintéressée, qu’elle peut provenir de personnes inattendues. Et dans un épisode, Batman applique le principe de Françoise Dolto : transmettre à la génération suivante. Ce qui correspond à l’idée de régler sa dette non pas auprès de l’adulte qui aide mais une fois adulte auprès d’enfants dans le besoin, quand bien même ce ne sont pas biologiquement les siens. Les enfants de Gotham font l’affaire pour Bruce Wayne. Et si Batman se venge de la violence subie en retrouvant adulte celui qui l’a passé à tabac, Bruce Wayne, lui, aide et cherche à transmettre une éducation et offrir une main tendue pour transmettre une part de ce qu’il a reçu. Cela forme un moyen de transmission lorsque Bruce Wayne retire le masque de la vengeance pour revêtir celui de la filiation.

Ce sera notamment le moteur de la création, dans un autre registre, de la Bat-family, c’est-à-dire de toutes les jeunes personnes entourant le Chevalier Noir et se situant dans un héritage, chacun trouvant des modalités de transmission, d’identification, mais aussi de séparation comme le premier Robin, Dick Grayson, lorsqu’il changea d’identité passant de Robin à Nightwing. Batman transmet ainsi ce qu’il n’a pas reçu, montrant cette possibilité chez l’être humain. Parlant de Robin et d’héritage, un épisode nous montre d’ailleurs un jeune Bruce Wayne endosser l’identité de Robin dans un récit où il cherche à assister un détective dont il est admiratif. Nous retrouvons ainsi ce thème à la fois de l’héritage, le brillant détective formant une figure d’identification au jeune Bruce Wayne, et de transmission, Robin apprenant à cette occasion que son costume est la copie conforme de celui porté par un jeune Bruce Wayne dans une aventure.

Masquage de talent.

Cette vie masquée va d’ailleurs amener Bruce Wayne à entrer en concurrence avec son alter ego Batman pour les beaux yeux d’une prétendante, celle-ci en admiration devant les talents de l’homme chauve-souris, sommant Bruce Wayne de prouver ses talents de détective pour ne pas être en reste. Ce ressort comique utilisé par d’autres comme Superman et Clark Kent à l’époque où Loïs Lane ignorait son identité secrète voit ici Bruce Wayne apprendre les ficelles de détective tout en ne dévoilant pas ses réels talents qu’il doit cacher devant sa dulcinée. Bruce Wayne est alors ici l’identité ordinaire, là où Batman tire la couverture à lui, rappelant certains enfants inhibés qui, lorsqu’ils se retrouvent seuls dans leur chambre, imaginent ce qu’ils auraient fait dans telle situation s’ils en avaient eu le courage, s’envolant vers leur vie rêvée.

Ainsi, Batman peut être perçu comme l’autre nom de la vie rêvée de Bruce Wayne, celui qui commet des exploits là où Bruce Wayne, comme le rappellent les articles à la fin du volume, est parfois un homme bien ordinaire, voire insipide. Bruce Wayne sans Batman serait vu comme une personne manquant de pulsions, d’élans, lisse devant autrui, donnant le change mais demeurant pris par le vide. Bref, Bruce Wayne serait vu comme une personne dépressive, marqué par un deuil interminable.


La vie rêvée

Un épisode de ce Batman Mytholgy Bruce Wayne nous montre Batman changer un instant de réalité. En effet, ici, il voit ses parents au manoir le soir du meurtre. Un élément important a changé dans cette nouvelle réalité, que nous pouvons voir comme un délire momentané : ce ne sont pas ses parents qui sont morts ce soir-là dans Crime Alley, mais lui-même. C’est alors sous le masque Bruce Wayne qui montre son émotion et pense alors ce qu’un enfant pourrait penser après un long cauchemar :

“Entendre la voix de mon père, sentir l’étreinte de ma mère, toutes ces années de cauchemar balayées, touts mes rêve enfin exaucés. Vengeance et justice ne sont plus que des mots. Ce soir, ils ne signifient plus rien. Je rentre à la maison”.

Cette réalité disparaît juste avant que Bruce ne puisse accomplir ce vœu. Laissant Batman reprendre le dessus, Bruce Wayne et ses besoins d’enfants disparaissant sous le masque sombre à nouveau.

Rêve d’un effacement

Nous voyons d’ailleurs dans un épisode comment un Bruce Wayne adolescent apprend à feindre des sentiments face à son majordome Alfred, afin d’arriver à ses fins et apprendre auprès d’une adolescente douée une technique qui lui servira nombre de fois : disparaître. Là où Bruce Wayne croit avoir conféré cette technique à sa lutte contre le crime, nous pouvons envisager l’hypothèse que la disparition la plus efficace qu’il met en œuvre est celle de Bruce Wayne. Si ce dernier apparaît, c’est dans l’ombre de Batman, pour servir ses fins. Si Bruce Wayne est aux services de Batman, l’inverse n’est pas vrai. Il est le signe d’une lutte interminable, d’un enfant qui joue à une vie d’adulte, sans en prendre le risque.

C’est ce que lui dit une femme avec laquelle Bruce Wayne est sur le point de se marier dans un épisode : “Je t’ai conseillé d’éviter les risques, pas de devenir un play-boy désœuvré”. Dans cette phrase qui est une boutade lancée à Bruce Wayne, nous pouvons entendre quasiment le souhait d’une mère : éviter les risques, soit, mais vivre quand même. Si Batman prend des risques, comme un enfant prêt à tout dans ses rêves les plus secrets, Bruce Wayne est celui qui ne prend pas celui de vivre, cherchant, à l’instar du dernier épisode de ce Batman Mythology Bruce Wayne, à ne rien perdre de ce qui reste de sa vie d’enfant, et de l’empreinte de ses parents.

Le playboy Bruce Wayne est alors celui qui ne perd pas, ne lâche pas, pour passer de cette perte, incontournable, à la suite de sa vie d’adulte. Batman devient alors son symptôme, celui qui contrôle, celui qui acquiert le savoir, non pas pour s’émanciper, mais pour en faire des armes dans sa lutte interminable. Bruce Wayne est le nom d’une réalité sans cesse combattue par Batman, le héros et justicier rêvé qui paie le prix, y compris lorsque ça lui coûte la peau. La couverture choisie est d’ailleurs éloquente : le prix à payer pour Bruce Wayne de cette part symptômatique qu’est Batman est celui des cicatrices sur son corps.

 

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Chroniqueur et psychanalyste, Alex Hivence passe sous son regard psychanalytique les comics! Et analyse les personnages Sous le Masque


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      Alex Hivence
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      [Retrouvez l’article de omaclive-fr à l’adresse Batman Mythology Bruce Wayne]

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