Màlphas
Point(s) fort(s) :
Point(s) faible(s) :
Màlphas de Serena Meo est une BD qui mêle humour, aventure et voyages temporels pour aborder un sujet bien plus profond : notre difficulté à accepter la différence. Derrière son ton accessible et énergique, l’œuvre questionne la manière dont les sociétés cherchent constamment à rejeter ou contrôler “l’autre”.
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Editeur : Ankama
Satanée BD
Il y a des BD qui cherchent à impressionner par leur noirceur. D’autres qui empilent les concepts comme des trophées de geek en manque de validation culturelle. Et puis il y a Màlphas. Une œuvre qui avance masquée derrière son humour, ses voyages temporels et son énergie presque “feel good”, alors qu’elle parle en réalité de quelque chose de beaucoup plus vaste : notre incapacité chronique à accepter l’autre sans vouloir le transformer, le normaliser ou le condamner.
Donner tout donner, le Diable vous le rendra
Serena Meo signe ici une aventure d’une générosité rare. Une BD qui refuse de choisir entre le grand spectacle, l’émotion sincère et le commentaire social. Et c’est précisément ce mélange qui la rend aussi précieuse.
Le premier truc qui frappe, c’est cette sensation permanente de mouvement. Màlphas traverse les époques avec une fluidité bluffante, sans jamais tomber dans le gadget narratif. Chaque période visitée possède sa propre identité, son propre souffle, sa propre folie visuelle. Mais surtout, chaque saut temporel nourrit le récit au lieu de simplement décorer l’univers. On ne voyage pas “pour faire cool”. On voyage pour observer l’humanité sous différents masques. Et ce regard-là, Serena Meo le porte avec énormément de tendresse.
Tendre l’autre joue
Parce qu’au fond, Màlphas parle de tolérance. Pas de manière naïve ou moralisatrice. Pas avec des grandes pancartes brandies maladroitement au-dessus du scénario. Non. Le sous-texte est partout, constamment intégré à l’aventure, aux dialogues, aux réactions des personnages. La BD questionne notre rapport à la différence avec une intelligence rare. Ce besoin presque maladif qu’ont les sociétés — peu importe l’époque — de désigner un “autre” à craindre, rejeter ou contrôler.
Et pourtant, jamais le récit ne devient plombant.
Un humour d’enfer
C’est même l’une des plus grandes réussites de l’album : son humour. Un humour vivant, jamais forcé, qui donne aux personnages une authenticité immédiate. Les échanges sonnent justes. Les situations absurdes fonctionnent. On rit souvent, mais surtout on s’attache. Et aujourd’hui, dans un paysage où beaucoup de BD confondent “répliques sarcastiques” et véritable écriture comique, Màlphas rappelle qu’un bon humour repose avant tout sur des personnages bien écrits.
Un dessin plein de vie
Visuellement, Moloko livre également quelque chose de profondément incarné. Son trait déborde de personnalité. Ça bouge, ça vit, ça explose d’énergie sans devenir illisible. Chaque planche semble portée par une envie sincère de raconter plutôt que de simplement “faire joli pour Instagram”. Et cette sincérité artistique, honnêtement, devient presque rare.
Ce que j’ai adoré avec Màlphas, c’est justement cette capacité à être accessible sans être creuse. La BD peut se lire comme une aventure drôle et rythmée. Mais elle cache aussi une réflexion bien plus mélancolique sur le regard qu’on porte aux autres, sur la peur de la différence et sur cette étrange répétition historique des mêmes rejets sous des formes différentes.
Une œuvre qui parle énormément de notre époque… en traversant toutes les autres.
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