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Train de nuit dans la voie lactée

 
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Point(s) fort(s) :


L'ambiance poétique et fantasmagorique.

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C'est pas le but certes, mais on voit venir le twist de très loin.


 
En résumé
 

Train de nuit dans la voie lactée, dans l’adaptation d’Adrien Demont, une adaptation que l’on traverse, lentement, en acceptant d’y perdre ses repères. Fidèle au roman de Miyazawa Kenji, la BD refuse toute séduction facile, toute volonté explicative ou narrative au sens occidental.

 
Infos techniques
 

Scénario : Adrien Demont
Dessin : Adrien Demont
Editeur :
 
Publié il y a 3 heures par

 
Dans le détail...
 
 

Quand la poésie devient une expérience, pas une illustration

Il y a des œuvres qu’on lit. Et puis il y a celles qu’on accepte de traverser, en sachant très bien qu’on n’en ressortira pas avec des certitudes, mais avec une sensation persistante — presque embarrassante — de lenteur et de silence. Train de nuit dans la voie lactée, dans l’adaptation d’Adrien Demont, appartient résolument à la seconde catégorie. Et c’est précisément ce qui le rend aussi précieux… qu’inconfortable pour le lecteur de BD contemporaine.

Bien qu’étant l’adaptation d’un célèbre roman de Miyazawa Kenji – que je n’ai pas lu – : cette BD n’a aucune intention de séduire. Elle ne raconte pas, elle accompagne. Ne dramatise pas, elle suspend. Ne modernise pas le roman original, elle le respecte jusqu’à l’ascèse.

Et c’est un pari risqué.

Train de nuit dans la voie lactée est proposé par les éditions Morgen au prix de 22.90€ pour 176 pages.

Adapter sans expliquer

Adapter Train de nuit dans la voie lactée, ce n’est pas seulement transposer un texte fondateur de la littérature japonaise moderne : c’est accepter son caractère profondément elliptique, presque hostile à toute lecture rationnelle. Adrien Demont ne cherche jamais à rendre le récit plus clair, plus fluide, plus “lisible” au sens narratif occidental. Il ne fait pas de la BD un outil de médiation. Il en fait un prolongement sensoriel.

Giovanni et Campanella voyagent toujours dans ce train cosmique, mais la BD refuse toute tentation de spectaculaire. Pas de lyrisme galactique facile, pas de grandiose cosmique façon science-fiction poétique. Le voyage est intérieur, Demont comprend une chose essentielle : l’espace n’est qu’un prétexte à la solitude.

Une mise en page qui respire (et qui étouffe)

Graphiquement, le travail de Demont est d’une cohérence remarquable. Le trait est fin, fragile, presque timide. Les compositions respirent le vide. Les silences prennent plus de place que les dialogues. On est à mille lieues de la BD “illustrée” ; ici, le dessin n’explique jamais le texte, il le contredit parfois, le ralentit souvent, l’absorbe toujours.

Le noir et blanc — jamais décoratif — devient un outil émotionnel. Les noirs ne sont pas là pour dramatiser, mais pour absorber le regard. Les blancs, eux, sont de véritables gouffres. Le lecteur est constamment placé dans une position étrange : il avance, mais sans direction claire. Exactement comme Giovanni.

Et c’est là que Demont réussit quelque chose de rare : il fait de la mise en page une expérience existentielle. Lire cette BD demande une disponibilité mentale que beaucoup de productions actuelles refusent d’exiger.

Une œuvre qui refuse la consolation

Ce qui frappe, surtout, c’est le refus total de la consolation. Train de nuit dans la voie lactée parle de mort, de séparation, de spiritualité — mais sans jamais offrir de réponse claire, ni même de réconfort symbolique. Là où certaines adaptations chercheraient à lisser la mélancolie en poésie douce, Demont conserve une tristesse froide, presque clinique.

La relation entre Giovanni et Campanella n’est jamais surlignée. Elle existe dans les silences, dans les regards, dans l’absence future que le lecteur pressent bien avant que le récit ne la confirme. C’est une BD qui fait confiance à l’intelligence émotionnelle du lecteur, quitte à le perdre.

Et tant pis pour ceux qui cherchent une “belle histoire”.

Une BD à contre-courant (et tant mieux)

Dans un paysage éditorial où la BD se veut souvent efficace, rythmée, immédiatement gratifiante, Train de nuit dans la voie lactée est presque un geste politique. Elle exige du temp, impose le ralentissement et refuse la consommation rapide.

Ce n’est pas une BD qu’on recommande facilement. Ce n’est pas une BD qu’on “aime” immédiatement. Mais c’est une BD qui reste, qui s’infiltre lentement, et qui finit par poser une question simple et brutale : qu’attend-on vraiment de la bande dessinée ?

Du divertissement ? Des émotions calibrées ? Ou la possibilité, plus rare, de se confronter à une œuvre qui ne cherche pas à nous ménager ?

Morgen, nouvel éditeur, met la barre haut

Impossible enfin de ne pas dire un mot de l’objet. Pour un nouvel éditeur, Morgen tape fort. Très fort. Train de nuit dans la voie lactée bénéficie d’une édition superbe, pensée comme un prolongement naturel de l’expérience de lecture : couverture soignée, titre embossé, impression métallisée qui capte la lumière sans jamais verser dans l’ostentation. Rien de tape-à-l’œil, mais un vrai sens du détail, presque cérémoniel. Une édition qui affirme d’emblée une ligne : ici, le livre n’est pas un simple contenant, mais un espace de contemplation à part entière. Et s’il fallait une preuve que Morgen ne vient pas faire de la figuration dans le paysage éditorial, elle est là, sous nos doigts.

Bref, Adrien Demont ne signe pas une adaptation spectaculaire de Train de nuit dans la voie lactée. Il signe quelque chose de plus audacieux : une expérience de lecture fragile, silencieuse, exigeante, parfois frustrante — mais profondément honnête.
Ce n’est pas une BD qui cherche à briller. C’est une BD qui accepte l’obscurité. Et dans cette nuit-là, il y a encore assez d’étoiles pour ceux qui prennent le temps de regarder.
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Business-man de petite envergure, professionnel de santé, pratiquant d'arts martiaux, joueur de jeux de plateaux, lecteur de comics, fan de littérature US


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    • #47954
      PrimeSinister
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      C’est la mascotte de Disney. Il est poli, intègre et fin limier. Mickey revient chez les éditions Glénat dans une nouvelle collection, les Âges d’or de Mickey. Une anthologie de ses meilleures histoires. L’Âge d’or de Mickey tome 1 nous propose 8 récits emblématiques de la souris.

      [Retrouvez l’article de primesinister à l’adresse Les Âges d’or de Mickey tome 1]

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