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Marjorie Liu dans Question de Style S03E03 – Partie 1

Marjorie Liu est la nouvelle autrice au centre de Question de Style. Romancière de récits fantastiques à l’origine, elle était aussi une avocate avant de quitter le métier. Elle s’est donc finalement lancée dans la carrière de romancière puis est arrivée dans les comics vers la fin des années 2000.

Mais avant les comics Marvel, elle écrivait déjà des romans basés sur cet univers, notamment dans le monde des X-Men. Cela permet à l’autrice d’être véritablement repérée et placée à l’écriture de X-23. Pendant 21 numéros, elle actualise le destin de Laura Kinney, l’humanise. Dans le même temps, elle l’emmène sur un chemin que Tom Taylor continuera de chambouler avant que Mariko Tamaki ne la reprenne en mains.

Comme chez Jonathan Hickman, dans Question de Style, tout est connecté !

Après X-23, elle continue à se balader chez les X-Men en écrivant la série Astonishing X-Men avec, à la clé, un numéro historique. En effet, elle scénarise le premier mariage homosexuel chez Marvel. Pas d’effet de mode mais une manière pour l’éditeur et l’autricede faire coïncider les comics et l’actualité. L’État de New-York venait de légaliser le mariage entre personnes de même sexe.

Elle reçoit donc une attention particulière mais, contre toute-attente, elle lâche Marvel après la fin de Astonishing X-Men. À la place, elle va lancer une série magistrale avec sa comparse de X-23 : Sana Takeda. Cette série, c’est Monstress ! Je vous en ai déjà parlé et si vous ne l’avez toujours pas commencée, foncez chez votre libraire vous procurer le tome 1 !

Grâce à la série, elles reçoivent de nombreux prix dont les prestigieux Eisner Awards et Hugo Award (prix de référence en matière de récits de SF et fantasy). Bénéficiant d’un rythme de publication lent, elle synthétise parfaitement l’ensemble des thèmes que l’autrice a développé au fur et à mesure de son œuvre chez Marvel.

Alors, voyons de quelle manière ses œuvres précédentes ont mis en place ses thèmes dans les comics ? Et surtout, la façon dont ils s’expriment chez Marvel et en creator-owned ?

L’auto-destruction au cœur des récits.

Monstress est une série dans laquelle Marjorie Liu traite de dépression et des violences que les individus peuvent s’infliger. Elle l’a confirmée en interview et cela se ressent fortement dans l’œuvre.

Des débuts affirmés

Avant cette co-création, elle le mettait déjà au centre de sa série consacrée à X-23. En effet, Laura se mutile régulièrement dans le récit, en proie à un mal-être que la scénariste va continuer à mettre en scène. Ainsi, les aventures que va vivre la mutante vont l’amener à s’accepter, en affrontant son monstre intérieur.

Mais c’est également à travers les relations que Laura va former qu’elle va réussir à s’accepter. On reviendra dessus dans la deuxième partie.

On peut donc clairement noter une résonance entre X-23 et Monstress. C’est d’ailleurs assez intéressant car la première fût la série Marvel qui la lança dans les comics tandis qu’elle lance la dernière après son départ de la Maison des idées. Les parallèles entre les séries sont nombreux, notamment par la présence de Sana Takeda. Les thèmes, bien entendu, comme je l’ai dit mais aussi un certain spleen dans l’écriture. Parce que c’est ce qui frappe dans la série sur Laura Kinney. Elle est noire, plonge dans les recoins les plus sombres de la personnalité humaine, sans épargner grand-chose. Elle interroge le manque de contrôle que des pouvoirs trop grands peuvent entraîner et met l’accent sur le lien entre les gens.

(R)évolution du discours

Dans une autre série Marvel qui, à première vue, sort de son univers classique, elle reprend aussi ses thèmes. Dans la mini-série Han Solo, elle reprend le contrebandier le plus célèbre de la galaxie et le fait participer à une course. On retrouve ici le discours sur le contrôle et le sacrifice. Han est un pilote hors-pair mais un être humain très bancal. La Résistance lui donne un nouveau souffle et une chance de rédemption. Il va pouvoir la mettre à profit en suivant les ordres de Leïa. Dans cette mini-série, en acceptant une mission dangereuse, il va affirmer sa place dans cette guerre. En choisissant la Résistance, il sacrifie sa liberté de contrebandier pour accepter des idéaux.

On n’est donc plus sur la même logique du sacrifice mais l’idée évolue et est intéressante.

On pourrait aussi aller jusqu’à dire que le mariage chez les X-Men est une forme de sacrifice. Pour Northstar, s’engager autant envers un autre être humain en se mariant peut être vu comme un sacrifice de son individualité. Le premier arc écrit par Marjorie Liu dans Astonishing X-Men le reflète (maladroitement, malheureusement). De la même manière que Han Solo, il doit mettre de côté son individualisme et accepter qu’il doit penser pour deux, désormais.

Ainsi, le premier arc va l’amener à en prendre conscience, par l’affrontement d’une mutante aux pouvoirs télépathiques. Néanmoins, le cocktail d’action habituel prend trop le pas sur les moments relationnels et cela donne un arc brouillon et peu intéressant.

Une monstrueuse synthèse

C’est peut-être pour ça que Monstress tend à mettre en avant le sacrifice physique et psychologique, comme dans X-23. La série indépendante se pose clairement comme une métaphore de la dépression et des souffrances totales qu’elle peut occasionner.

Maika, l’héroïne a un bras en moins. Au creux de ce membre manquant vit un monstre, incontrôlable. Il dévore tout sur son passage lorsqu’il surgit, dans les moments de crise. La métaphore du monstre qu’est la dépression est donc explicite. Pourtant, le discours va évoluer tout au long de la série, jusqu’à aller à l’acceptation et la paix intérieure.

Cela passe par la compréhension de soi, par la prise de recul et donc un travail sur soi vital. Métaphoriquement, cela fonctionne très bien et il me semble que n’importe quelle personne ayant souffert ou souffrant de dépression pourra s’y reconnaître. Marjorie Liu montre que c’est une maladie mentale qui vit en ceux qui en souffrent, qui grandit, évolue et surgit au pire moment.

Ainsi, la métaphore sur le sacrifice s’est faite plus complexe au passage à une série créée et possédée par Marjorie Liu et Sana Takeda. Même si elle était déjà riche dans la série X-23 et qu’elle a su évoluer dans Han Solo ou Astonishing X-Men, elle est devenue plus dense dans Monstress. Le rythme de la série aide beaucoup et on sent Marjorie Liu beaucoup plus à l’aise pour aller au bout de ses idées et de ses développements.

C’est forcément une différence évidente entre l’indépendant et la licence. X-23 est un personnage enfermé dans un environnement. Chaque scénariste peut venir poser une pierre mais le développement sera limité selon différents paramètres, comme la pression éditoriale ou les ventes qui peuvent couper court à la vie d’une série. La série créée et possédée permet d’en contrôler le rythme et le discours.
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Comics Grincheux est un râleur compulsif. Il râle sur tout et à force de râler sur Batman V Superman et la renumérotation Marvel, il a décidé d'ouvrir un blog pour raconter ce qu'il aime et surtout ce qu'il n'aime pas. Et maintenant, il râle avec les amis de LesComics.fr mais propose aussi des analyses de la narration des auteurs.