Posté il y a 6 mois par dans la catégorie Interviews
 
 

Guillaume Singelin – L’interview

The Grocery l’a propulsé sur le devant de la scène, il est un des artisans majeurs du Label 619, un dessinateur de génie, vous l’aurez compris, ici nous en sommes absolument fan ! Nous avons le plaisir de vous présenter un échange que nous avons eu avec Guillaume Singelin.


A

propos de PTSD :

PTSD label 619 singelin

 

En France, votre nom est rattaché au Label 619 et pourtant P.T.S.D est dans un premier temps sorti chez First Second aux Etats-Unis, une raison particulière à ce choix ?

La raison est assez simple, alors que je travaillais sur le tome 0 de Grocery (pour le Label 619), Mark Seigel (éditeur de First Second) m’a contacté pour me proposer de faire un projet chez eux. L’optique de faire un bouquin pour le territoire et le public américain me bottait à fond alors j’ai accepté.
Je suis fortement attaché au Label, mais RUN n’a jamais voulu nous coincer et, au contraire, il nous pousse quand on a des opportunités.

 

Vous l’évoquez rapidement en fin de livre, mais comment on en arrive à s’intéresser au sujet complexe des P.T.S.D ?

J’ai avant tout posé les thématiques fortes dont je voulais parler : la solitude, l’entraide, le partage, etc. et mes envies graphiques. J’ai ensuite un peu fait le tour des œuvres qui m’avait marqué, et j’ai remarqué que j’avais un attachement pour ce genre de récits, qui traitent du PTSD et j’ai donc associé mes idées de fonds à ce sujet qui se combinait très bien.

 

Un projet comme P.T.S.D, mené seul du scénario à la couleur en passant par le dessin, ça représente un investissement complet. Combien de temps de gestation ?

La partie graphique a pris deux ans environ, ce qui, pour 200 pages est assez logique.
Mais c’est surtout le développement du scénario et de l’univers qui m’a pris du temps, environ deux ans. Bon, à côté, je finissais Grocery tome 4, donc ce n’était pas deux ans à plein temps. Et comme c’était la première fois que j’écrivais une histoire si longue, j’ai eu besoin de pas mal de réflexion.

 

Pourquoi avoir choisi des héroïnes dans PTSD ?

Je ne sais pas vraiment, je pense que les personnages de fiction qui m’ont marqué sont des femmes, donc ça s’est fait instinctivement et naturellement de faire des héroïnes pour PTSD.

 

Vous faites passer beaucoup de choses sans dialogue, les regards sont importants, on saisit beaucoup d’émotions à travers eux. C’est quelque chose que vous recherchez dans vos récits ?

C’est aussi assez naturel comme démarche, et pas forcement une volonté pure pour ce projet. Je suis avant tout dessinateur, et je me suis toujours forcé à ce qu’un dessin soit compréhensible sans texte. Car si le texte est une béquille pour la compréhension, ça ne sert à rien de se forcer à dessiner.

 

Dans P.T.S.D, les couleurs sont superbes et participent au récit avec notamment des éclairages. Je pense, par exemple, au baptême du feu de Jun lorsqu’elle doit donner des soins sur le front. Comment travaillez-vous vos couleurs et vos éclairages ?

Il y a le plaisir simple de voir des belles ambiances, j’aime beaucoup garder en tête des atmosphères que j’ai pu voir en vrai, ou dans des films. J’essaye de capter l’intention de la scène et de trouver une couleur et une lumière qui seront en adéquation avec le sentiment recherché.
Après je fais aussi un paquet de tests différents jusqu’au moment où je flash sur une palette précise.

 

Toujours au niveau du dessin, on voit les traits rouges du crayonné, une volonté de les garder lors du rendu final ?

Quand je faisais mes recherches graphiques et de personnages, je ne prenais pas le temps d’enlever le rouge du crayon. Et quand je suis passé aux planches, en l’enlevant, j’ai eu l’impression que je perdais quelque chose et je m’y étais aussi habitué.

Finalement, le crayonné donne en plus un côté vif, vibrant et en même temps “sale” qui correspond bien à l’univers de bas fond de l’histoire.

 

The Grocery et PTSD s’attaquent à des problème sociétaux, un besoin pour vous d’avoir une trame de fond bien ancrée dans le réel ?

Je pense que quelque soit l’univers, on parle toujours du réel, c’est plus une logique naturelle qu’un besoin.

 

Vous évoquez l’importance des voyages dans votre processus de création. Vous avez d’autres voyages en perspective ou d’autres ambiances que vous aimeriez retranscrire dans un récit ?

Je prépare un voyage dans les grands parcs américains, je n’ai pas de projet en tête par rapport à ça, mais y a de forte chance que ça m’influence beaucoup.
Après j’ai des envies de projet de SF, mais ça va être dur de voyager dans l’espace.

 


A

propos de The grocery :

 

On vous a découvert avec The Grocery, Le succès rencontré par ce titre vous a-t-il permis de travailler plus librement ensuite ? Vous a-t-il ouvert des portes et des possibilités ?

Oui probablement, surtout au niveau de la reconnaissance, plus d’éditeurs ou de lecteurs ont connu mon travail grâce à Grocery.
Mais pour la liberté, j’avais déjà un champs d’action très large avec RUN dans le Label, et je ne pense pas que ma collaboration avec First Second s’est joué sur Grocery, mais plus pour les univers que je développais et partageais sur internet.

 

Tous les fans de cette série ont une seule idée en tête : à quand un Spin-off de Bug et Tiny par exemple ?

(rires) J’ai tendance à beaucoup vouloir changer d’univers graphique ou narratif entre mes projets, donc je ne projette pas de spin off.

 

 


A

propos de Mutafukaz le film

mutafukaz le film ankamaL’année 2018 a été marquée par la sortie de Mutafukaz dans les salles et cette année en Blu-Ray/Dvd. Run explique la place importante que vous avez eu dans ce projet. Comment avez-vous vécu ce rôle et cette aventure ?

Je l’ai très bien vécu héhé, quand on sort d’une école de graphisme et qu’on vous propose de travailler sur un long métrage d’un auteur que vous admirez, avec un studio mythique et la possibilité d’aller au japon, je vois mal comment ne pas en profiter haha.
Ça a été superbe, j’ai un concentré d’expériences nouvelles, un boost professionnel, des amitiés, tout ça sur les 9 mois de préproduction auxquels j’ai participé.

 

Est-ce que ça vous a donné envie de faire d’autres projets d’animation ?

J’avais une place privilégiée sur cette production et je ne pense pas en retrouver une équivalente. Le medium m’intéresse, mais il faut vraiment que ce soit le bon cadre.

 

 

 

 

 

 


L

a famille

Vous parlez de l’importance de vos parents dans vos livres. À quel degré est-ce qu’ils sont importants dans votre processus créatif ? Comment est-ce que vous vous servez de la diversité culturelle de vos parents dans votre travail ?

Ils sont importants, car ils ont fait ce que je suis maintenant, donc forcément ils sont là dans des traits de caractère de personnages, de thématiques. Je peux pas parler de choses précises, c’est un ensemble, leur éducation a fait que j’écris de cette manière une histoire.

 

Votre frère est aussi dans le milieu avec la réalisation de très beaux livres jeunesse pop-up. Heureux hasard ou éducation artistique à la maison ?

On a grandi dans une famille assez portée sur la culture en général, et on dessinait tout le temps ensemble avec mon frère. Et il a ouvert la voie pour faire accepter les études d’art à mes parents. Donc je lui dois d’avoir fait du dessin mon travail.

 

Verra-t-on un jour un livre des frères Singelin ?

(rires) Rien de prévu, mais ça pourrait être chouette.

 


L

a Suite ?

Avez-vous déjà un projet dans les cartons ? Un petit teaser à nous faire?
Un projet avec RUN au scénario, voilà tout ce que je peux dire (rires).


 

A

propos du Label 619

C’est l’actu chaude du moment, le Label 619 devient indépendant. Vous prenez une part importante dans ce projet. Vous avez des envies particulières en tant qu’éditeur ?

Oui plein d’idées, mais c’est trop tôt pour en parler, on doit avant tout se rôder et s’habituer à la nouvelle situation.

 

Run parlait rapidement de Goodies et merchandising qui allait permettre de lancer un peu le label. Peut-on imaginer des trading-card Grocery (comme il y avait dans les livres) ou des figurines comme Jun de P.T.S.D ou encore celle de Sixteen par Enaibi ?

Tout cela pourrait être possible, et ce sur quoi on voudrait aller, mais encore une fois il est tôt pour évoquer nos idées.

 

Une des grandes forces du label 619, c’est le collectif avec des projets comme Doggybags ou Midnight Tales. Vous allez continuer dans ce sens, avec peut être de nouveaux projets collectifs ?

Il y a 2 projets collectifs en effet, je pense que c’est déjà pas mal (je parle pour moi bien sûr), ça demande énormément de travail, notamment pour RUN et Mathieu Bablet. Donc je pense qu’on va se concentrer d’abord là dessus.

 

C’est peut être un peu tôt pour en parler mais quel est l’avenir de série comme Sons Of Anarchy qui étaient jusqu’ici sous le label 619 ?

Je n’ai aucune information à ce sujet, désolé.


L

e dernier mot

Lors de son interview Run nous a révélé sa passion pour Alizée et Mathieu Bablet pour Sailor Moon. Avez-vous vous aussi une révélation à nous avouer ?

J’adore tout ce qui est mascotte japonaise.

 

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Au côté de Matt depuis le début de l'aventure LesComics.fr et même déjà présent pour La Sélection Comics, il essaye de mettre ses connaissances aux profits du groupe et de leurs demandes farfelues.