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Tula Lotay (American Vampire, All-Star Batman) en Interview !

Tula Lotay était présente à Angoulême et nous avons pu l’interviewer afin de parler de son travail, son festival Thought Bubble et ses projets.

Je pense que les gens voient le coeur qui y est mis, c’est géré par des gens qui adore ce medium, tout simplement. Le medium, dans sa forme la plus pure, ce sont des artistes et des scénaristes qui racontent de grandes histoires…

LCF : Bonjour Tula Lotay ! Comment allez-vous ?

Tula Lotay : Bonjour ! Très bien, merci. J’adore Angoulême, ce festival est incroyable.

LCF : C’est votre première fois à Angoulême?

TL : Oui.

LCF : Pourriez-vous nous raconter comment vous êtes arrivée dans l’industrie du comics ? J’ai entendu dire que vous avez toujours voulu travailler dans ce milieu et je pense que votre parcours est plutôt original.

TL : C’est un parcours intéressant oui. Il est un peu alambiqué ! En gros, j’aime les comics depuis mon enfance, et j’ai toujours voulu en dessiner. Mais cela semblait être quelque chose d’inatteignable.

J’ai grandi dans une famille de classe ouvrière, dans laquelle faire carrière dans l’art était impensable, même quand j’ai voulu aller dans une école d’art, mes parents me disait : « Pourquoi ? »

Donc, je n’ai jamais vraiment poursuivi, je dessinais mais uniquement pour moi, je n’ai pas cherché à tout prix à faire carrière, ne pensant pas en être capable. J’ai toujours été entouré de comics, j’ai travaillé dans un comics shop, puis j’ai créé mon festival “Thought Bubble” en 2007. C’était comme une progression naturelle, pour vivre dans les comics et travailler dans l’industrie.

En dirigeant mon festival, j’ai pu rencontrer des gens de l’industrie, c’était quelques années après le lancement de Thought Bubble, les réseaux sociaux étaient en pleine expansion, comme Instagram et Twitter, donc j’ai commencé à poster en ligne les dessins que j’avais réalisé pour moi. et d’un coup les gens de l’industrie qui me connaissait via Thought Bubble se sont dit :

« Oh mon dieu, tu sais dessiner ? » et j’étais du genre « Ah bon, vraiment ? ».

Je veux dire, j’adore dessiner mais je n’ai jamais pensé être aussi douée. Je crois que d’avoir ces renforcements positifs t’aide à prendre confiance et te font te dire : « Peut-être bien que je peux faire ça. ».

Et comme les gens de l’industrie me connaissait déjà, c’est juste arrivé comme ça. J’ai rencontré Will Denis, éditeur chez DC, Shelly Bond, Adam Hugues, les gens m’envoyaient des messages, Adam Hughes m’a envoyé un message me demandant s’il pouvait passer mon travail à Shelly Bond, Gail Simone ou encore Scott Snyder. C’est comme ça que je me suis retrouve sur American Vampire

C’est arrivé d’un coup, je ne me suis pas retournée depuis. Je crois que ça fait presque 10 ans maintenant et mon calendrier est tout le temps rempli, c’est vraiment super !

Donc, je suis très heureuse, je fais le métier de mes rêves !

LCF : Je trouve que votre style est très influencé par le cinéma. Pensez-vous que les comics et le cinéma soient reliés l’un à l’autre ?

TL : Oui, absolument. Et je crois que c’est pour cela que l’industrie du cinéma ressemble autant aux comics et à l’art séquentiel. Vous avez ces histoires incroyables mais la direction artistique est présente sous vos yeux, littéralement.

Un film ne sera jamais aussi littéral, comme lorsqu’ils ont fait Watchmen, ça ne marche pas à chaque fois. Il y a un lien très étroit entre le cinéma et l’art séquentiel

Et en tant qu’artiste, quand vous racontez une histoire, vous devez réfléchir comme un réalisateur, à propos des angles de vues, la façon dont l’histoire avance, que vos personnages soient bien positionnés. Cela aide pour que votre lecteur comprenne bien ce qu’il se passe.

Donc il y a des choses qui sont étroitement liées et on s’en est encore plus rendu compte ces dernières années. Hollywood et l’industrie du cinéma sont toujours à la recherche de nouveau contenu, il y a donc eu une sorte de relation naturelle entre les deux.

LCF : Vous avez réalisé des couvertures spéciales par rapport à “Birds Of Prey” pour des comics que nous avons eu en France pour Black Canary et Huntress. Que pensez-vous de l’utilisation des films pour promouvoir des comics ? Et en l’occurence ici par le biais de votre travail.

TL : Je pense que c’est quelque chose qui devrait arriver plus souvent ! Je repense à l’âge d’or des affiches de film, comme celles que l’on avait pour les films Star Wars, réalisés par les frères Hildebrandt, ou bien encore Roger Kastel. Si c’est bien lui, je ne me souviens plus. Bref, c’était l’âge d’or pour moi. D’ailleurs, si ça ne tenait qu’à moi toutes les affiches de film seraient dessinées et peintes.

En particulier lorsque l’industrie du cinéma produit des films basés sur les comics, il devrait absolument utiliser l’art pour le promouvoir. Bien sûr, c’est un medium différent, c’est de l’image en mouvement, mais je pense sincèrement que les gros éditeurs ont la responsabilité de mettre les comics au premier plan du contenu massif issu de cette industrie du cinéma.

Ils devraient le faire encore plus

Je sais qu’ils ont fait des progrès, mais il reste encore beaucoup à faire. Si vous allez voir un film Marvel, est-ce que cela ne serait pas génial d’avoir une pub au tout début pour vous dire où acheter des livres ?

J’adorerais voir plus de choses comme ça.

LCF : Vous avez travaillé sur Supreme: Blue Rose avec Warren Ellis, American Vampire avec Gail Simone et Scott Snyder. Ensuite, votre travail a surtout été sur des couvertures ou des illustrations. J’ai appris que vous aviez vécu des drames personnels à une certaine période de votre vie, mais également de grandes joies pour contrebalancer.

Je pense que cela met en évidence quelque chose de très important : le poids de ce travail, des deadlines, du rythme imposé par l’industrie du comics.

Pourriez-vous nous parler de cela ? Des difficultés que vous avez traversées ?

TL : Dessiner des comics, dessiner de l’art séquentiel est incroyablement intense. Dès que vous êtes engagée dans une série, vous devez généralement travailler 7 jours sur 7 pour livrer à temps.

Cela peut être très lourd et très impactant sur votre santé, vous êtes statiques, à constamment dessiner. Et vous avez raison, avec ma carrière progressant dans le séquentiel, j’ai dû être capable d’y dédier beaucoup de temps.

Warren et moi nous sommes engagés sur cette nouvelle histoire “Heartless”, qui n’a pas encore vu le jour…

C’est en attente aujourd’hui je crois, je ne sais pas trop si on y reviendra, il y a un #1 quelque part qui n’a juste pas été publié…

Mais cela s’explique parce qu’à ce moment-là, j’ai eu beaucoup de chose personnelles à gérer. Mon père est décédé, ma mère est tombée gravement malade ensuite, elle a dû être en soins intensifs et opérée du cœur. Tout ceci est arrivée alors que j’étais enceinte, c’était vraiment très intense d’un seul coup et n’importe qui peut sombrer dans cette situation…

Perdre un parent… ça vous affecte vraiment très fort.

Mais comme j’étais enceinte, j’ai continué à avancer. En quelque sorte, mes hormones de femme enceinte me faisaient me sentir bien. Mais après avoir eu mon bébé, la mort de mon père m’a alors affecté davantage. Cela m’a arrêté dans mon élan, j’ai été suivi par un psychologue pour traverser cela. Pour forcer le processus de deuil, puisque je ne l’avais pas fait en étant enceinte. Donc, d’un côté, j’avais besoin de dessiner mais de l’autre, je ne pouvais pas le faire à cause de ça.

A cette époque également, Warren a lui aussi eu de sérieux problèmes de santé, il a pensé avoir eu une attaque mais c’était autre chose, de tout aussi grave. C’est le genre de choses personnelles qui freinent votre travail.

Je pense que cela fait à peine 6 mois, ou peut-être 8 mois, que je me sens capable de m’investir dans une histoire séquentielle à nouveau. J’ai parlé de “Heartless” à Warren, lui expliquant que j’étais désolée de ne pas avoir été plus loin sur ce projet.

Il a toujours été très patient avec moi, il savait tout ce que je traversais alors, et il me soutenait. Quelle que soit l’histoire que l’on raconte, il faut choisir le bon moment pour le faire.

Je pense que beaucoup de temps est passé pour “Heartless”, on est tous les deux très occupés et le projet a été un peu abandonné.

J’aimerais beaucoup travailler à nouveau avec Warren un jour, peut-être que l’on reviendra dessus un jour, mais pas maintenant.

En attendant, puisque je me sens prête pour refaire du séquentiel, et d’y consacrer le temps nécessaire, ma fille ayant grandi, elle a aujourd’hui 2 ans 1/2. Les choses ne sont plus aussi intenses, et je pense pouvoir le faire.

J’ai un titre qui va sortir cette année avec Becky Cloonan, on travaille dessus actuellement. Je pense que le titre sera publié en un seul bloc, directement en un tome. On est en train de décider ce que l’on va faire, mais nous sommes très impatientes, j’adore le travail de Becky, c’est une scénariste extraordinaire. J’adore ses histoires, elles sont tellement romantiques !

LCF : Parlons de quelque chose de plus joyeux : Thought Bubble. C’est le festival que vous avez fondé en 2007 comme vous l’avez dit plus tôt. Le festival va fêter son 13ème anniversaire cette année en Novembre, les dates ont été dévoilées.

Une des idées fondatrices de ce projet était de rendre les comics plus accessible au plus grand nombre possible, plus particulièrement, de montrer aux gens que lire des comics peut aider à lutter contre des problèmes comme la dyslexie, quelque chose que vous avez vous même connu enfant et c’est vraiment quelque chose de fondamental de ce projet. Vous attendiez vous à une telle réaction du public ?

TL : Non !!! C’est aujourd’hui une énorme convention à Leeds (dans le nord de l’Angleterre). Enfin, l’année dernière, nous avons déménagé dans un nouvel endroit très proche de Leeds : Harrogate.

C’est un grand centre de convention, et ça se passe très bien. Je ne comprends toujours pas ce qui s’est passé avec Thought Bubble.  J’y ai beaucoup réfléchi, il semble que ce soit un tel phénomène, les gens l’ont tellement adopté, tel quel.

Je me demande souvent pourquoi c’est arrivé et pourquoi on a autant de succès.

Je pense que les gens voient le cœur qui y est mis, c’est géré par des gens qui adore ce medium, tout simplement. Le medium, dans sa forme la plus pure, ce sont des artistes et des scénaristes qui racontent de grandes histoires. Et puisqu’on l’aime autant, on a en quelque sorte projeté cela.

Sur un plan plus personnel, j’ai eu une enfance difficile, je n’avais pas beaucoup d’ami(e)s, de personnes avec qui bien m’entendre, j’ai échoué lamentablement à l’école, je me suis toujours sentie comme une étrangère.

Et avec Thought Bubble, j’avais vraiment à cœur de construire une communauté, telle que j’aurais aimé l’avoir enfant. Un lieu où les gens peuvent se rassembler et être heureux, être avec des gens qui se soucient les uns des autres et qui s’intéresse au médium.

Je pense qu’avoir une énergie positive est très important, à tout un tas de niveaux différents, le réseautage, et travailler dans l’industrie, le bien-être des personnes aussi, particulièrement des nouvelles générations.

Je pense que cela doit être tellement dur de nos jours d’être un enfant et de grandir, avec les réseaux sociaux, cette entité où, d’un coup, le harcèlement et les intimidations qu’un enfant rencontre sont amplifiés.

Donc je pense qu’il est très, très important, pour tout le monde, de penser à la communauté et à la jeunesse. Ecouter davantage les gens et s’assurer qu’ils vont bien.

Le cœur deThought Bubble est consacré aux comics mais son véritable cœur, c’est la bienveillance. Un endroit où les gens sont en sécurité et s’entraident.

LCF : C’est quelque chose qui se ressent vraiment, vous avez reçu un prix pour ce festival, un peu plus tôt l’année dernière et vous avez déclaré, lorsque vous avez accepté ce prix, que vous étiez une sorte de symbole, parce que Thought Bubble ce n’est pas QUE vous, mais l’ensemble des gens qui y participent. J’ai trouvé ça tellement fort, ça retranscrit tout à fait la passion qui vous anime au travers de cet événement.

TL : Merci, merci beaucoup.

LCF :  Je ne suis pas surpris de l’aura que connait l’événement aujourd’hui. C’est important d’avoir cette communauté. Beaucoup d’artistes de renom viennent à Thought Bubble et depuis toujours en fait ?

TL : Oui, parce que je connaissais déjà des gens grâce au poste que j’ai occupé dans le comics shop “Travelling Man”

Je connaissais des invités potentiels qui pouvait être intéressés, certains étaient presque mes voisins. Par exemple : Sean Phillips habitait dans la même ville que moi. J’ai connu Duncan Fegredo grâce à cela, Leah Moore… Et je crois que Kieron Gillen et Jamie Mckelvie ont été là depuis le tout premier aussi.

Oui je crois probablement que c’est une des raisons de la bonne réputation de Thought Bubble. On a beaucoup de soutien de la part de l’industrie Les scénaristes et dessinateurs donnent de leur temps, bénévolement et font ensuite passer le mot sur ce que l’on fait. Je leur en suis très reconnaissante…

LCF : Merci beaucoup pour votre temps et vos réponses

TL : De rien, merci !

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Comics Grincheux est un râleur compulsif. Il râle sur tout et à force de râler sur Batman V Superman et la renumérotation Marvel, il a décidé d'ouvrir un blog pour raconter ce qu'il aime et surtout ce qu'il n'aime pas. Et maintenant, il râle avec les amis de LesComics.fr mais propose aussi des analyses de la narration des auteurs.