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Batman Mythology – La Batcave – Critique Sous le masque !

« Sous le Masque » : une rubrique qui propose d’aller voir sous le masque des personnages de comics. Le but : explorer les énigmes et les mystères par l’éclairage subversif et original de la psychanalyse !

Batman mythology batcave

Avec BATMAN MYTHOLOGY – La Batcave, Urban Comics nous propose le premier volume d’anthologie thématiques sur Batman. Chaque volume se propose d’explorer la mythologie de Batman selon un angle différent. Pour lancer la collection, la Batcave forme le fil rouge des récits compilés dans ce volume anthologique.


Présentation de Batman Mythology – La Batcave

Les récits sont découpées en trois parties : les Origines de la Batcave, les Trophées de la Batcave et enfin les Contes de la Batcave.

Les comics compilés pour parcourir ce thème s’étendent de 1942 à 2017. On balaye donc 75 ans de mythes de la caverne chez notre homme chauve-souris. Alors de ces ombres qu’en est-il ?

Au-delà des récits retraçant les aventures épiques, comiques, tragiques, au sein de la Batcave, qu’est-ce que ces histoires nous racontent sur le Chevalier Noir, sur Bruce Wayne et son alter ego ? Alors, saisissons l’opportunité offerte par Urban Comics et plongeons dans ce Batman Mythology dédié à la Batcave !

Batou est compliqué

Batman est un personnage à la psyché complexe. Beaucoup s’aventurent à le défier, le mettre hors jeu, voire l’analyser, sans réussir à y parvenir. Il s’agit de lever le voile sur ce qui constitue sa personnalité, entre les différentes instances qui la constituent. Si chaque individu est composé de trois instances psychiques, le Moi, le Surmoi et le Ça, Batman n’échappe pas à la règle.

Si le Moi est la surface visible de l’iceberg, n’en déplaise à Mr Freeze, la partie de la personnalité qui se coltine la réalité, le Surmoi est cette instance, cette petite voix qui ordonne de ne pas fléchir, de tenir ses engagements, de ne pas oublier au risque de culpabiliser, une voix qui prétend rendre service, et elle le fait, mais insuffle aussi le doute tout en nous rappelant à nos obligations. Un vrai Majordome en quelque sorte ! Quant au Ça, c’est le siège de l’Inconscient. Dans ce lieu à la fois souterrain et ouvert sur l’extérieur, se gardent les souvenirs. Mais c’est également là où se dessinent les ombres des rêves et se calculent les pensées intuitives.

Les récits de ce Batman : Mythology – La Batcave proposé par Urban Comics nous donnent l’occasion de vérifier comment fonctionne l’Inconscient de Batman, à travers différents récits qui font voyager dans les ombres enfouies du Chevalier Noir.

batman mythology batcave urban

Lieu de mouvements inconscients

La Batcave apparaît comme le lieu évident de ses mouvements inconscients et sombres. Déjà, les objets conservés la transforme en une sorte de musée permanent, de garde-souvenir. Pire, ils en font un endroit qui ne subit pas le refoulement. Tout y est entreposé ! Les chauve-souris y circulent réellement, sans être transformées en symbole, elles sont partie intégrante des souvenirs les plus enfouis de notre héros aux oreilles pointues. Sa localisation, sous le Manoir Wayne, lui confère une place cachée aux yeux des autres, secrète et pourtant présente en permanence.

Ainsi en va-t-il du Ça de chacun : présent et pourtant caché, enfoui, où se trame l’essentiel de la vie pulsionnelle de chaque être humain comme de notre héros. Les ordinateurs, calculateurs, outils technologiques de recherche sont installés dans cette Batcave, comme l’Inconscient est lui aussi un ordinateur calculateur chercheur d’indices permanent. Lorsque vous êtes éveillés, lorsque vous parlez ou écoutez, votre Inconscient analyse, calcule, cherche des indices dans tout ce qui se déroule autour de vous.

C’est une réelle Batcave portative travaillant sans relâche à votre insu. Vous la ressentez parfois comme une intuition lorsqu’elle vous livre quelques éléments de conclusion. Elle est là, dans l’ombre, à œuvrer, inconsciemment. Ainsi en va-t-il de la Batcave de Batman. Un Inconscient, le lieu du Ça. Et si nous allions l’explorer de plus près à travers les rêves, les traumatismes et les souvenirs refoulés de Batman ?

La Batcave : le lieu des rêves

Dans la Batcave, la galerie de trophées est un incontournable. Un amoncellement d’objets issus un à un des victoires de Batman. Puisqu’il est constamment victorieux, cela revient à dire que chaque objet est le signe d’une aventure du justicier. Une partie de Batman Mythology – La Batcave est ainsi consacrée à ces trophées. Notamment, un récit s’intitulant “Les 1001 trophées de Batman“.

Cette histoire évoque cette galerie recélant cet assemblage hétéroclite que Batman, avec Robin, conserve dans sa Batcave. Il est dès lors intéressant de noter que les rêves sont fabriqués, ce que nous enseigne Freud, à partir eux aussi de matériaux. Le matériau du rêve sera la matière première stockée dans l’Inconscient. Celui-ci s’en servira afin de fabriquer les rêves nocturnes. Des éléments conservés afin de former les rêves, à l’instar d’une Batcave où chaque moment vécu est entreposé à travers un objet-clef. Ces objets-clefs, nous les retrouvons dans les rêves. Ils servent, à travers leurs images, leurs noms, à fabriquer les rêves.

dinosaure batcave

Un lieu de signifiances

D’ailleurs, Batman prend grand soin de stocker chaque objet avec un cartouche. A l’instar de notre Inconscient qui conserve nos souvenirs avec un cartouche, un mot ou ensemble de mots que l’on nomme alors “signifiants”. L’objet étant le signifié, le mot le signifiant, le rêve se décode à l’aide de ces deux éléments.

Un des exemples de ces objets devenant de purs signifiants, c’est-à-dire comptant pour leur façon d’être nommés, est le penny géant que Batman conserve dans la Batcave. Ce penny géant est en effet issu d’une aventure où notre justicier rencontre un criminel du nom de Coynes. Avec ce récit, il devient clair qu’entre le nom Coynes et le mot Coin en anglais (pièce de monnaie), le signifiant vient évoquer le signifié, le nom vient évoquer l’objet et son contexte, dans un mouvement de condensation. Ce mécanisme propre au rêve permet de condenser deux éléments en un seul, rendant le contenu du rêve énigmatique, en attendant d’être décodé par ce principe.

Ainsi, notre Chevalier Noir entrepose et nomme dans sa Batcave, autant de trophées inutiles en soi. D’ailleurs, ces trophées se retourneront tantôt contre Batman, tantôt contre ceux qui auront eu l’outrecuidance de pénétrer cette zone intime. Dans une des histoires, celui qui aura pénétré cette antre, ce lieu de l’Inconscient, sera par la Batcave, par l’Inconscient-même de Batman, purement éliminé. Si Batman ne tue pas, son Inconscient, lieu de toutes les pulsions enfouies : oui !

La Batcave : le lieu des traumatismes enfouis

Dans un des récits des origines de la Batcave, nous lisons la fameuse chute de Bruce Wayne dans cette antre souterraine. Comme il nous l’est rappelé dans ce Batman Mythology, cette histoire de la chute de Bruce Wayne a été tout d’abord située à l’âge adulte. Mais une crise passa par là et le passé des héros fût réécrit.

C’est alors enfant que Bruce Wayne découvre ces souterrains sous le Manoir Wayne. Si nous nous rappelons que l’Inconscient nous joue des tours, et qu’il sait transformer des souvenirs pour en former des factices, alors cette histoire de découverte qui survenait à l’âge adulte avant de survenir pendant l’enfance est moins étonnante, et devient même cohérente. Ces souvenirs écrans sont ces souvenirs dont nous sommes parfois persuadés de la réalité avant de les confronter avec quelqu’un ayant vécu le même évènement, et qui aura gardé un souvenir différent de la même scène.

C’est que l’Inconscient, comme la Batcave, subit au fil du temps des réaménagements, des transformations, et que les pièces changent. Il suffit de regarder en fin d’ouvrage les évolutions de la Batcave de 1940 à nos jours pour le constater. Notre Inconscient aussi possède cette plasticité. Cela modifie aussi notre souvenir lié à ce qui y est entreposé. Le souvenir-écran enjolive ou condense lui aussi.

Ainsi dans un premier souvenir, Bruce Wayne trouve la Batcave à l’âge adulte. Puis dans un second, il chute dans cette antre cauchemardesque alors qu’il est enfant. Afin de se préserver de ce souvenir qu’il occultera un moment, nous pouvons comprendre que Bruce Wayne préfère se souvenir d’une découverte enthousiaste de la Batcave. Ce souvenir-écran, transformé, épargne ainsi un temps notre justicier de son traumatisme. Dans les années post-1986, le héros plus sombre accepterait ainsi ce traumatisme et ce qui s’ensuit, ses conséquences sur sa personnalité plus sombre.

batcave vue large

La Batcave : mythology temporelle

Dans une des aventures proposées dans ce Batman Mythology – La Batcave, “L’origine de la Batcave“, que nous avons déjà cité, Batman et Robin remontent le temps grâce à l’hypnose. Cela pour résoudre un mystère qui leur échappe issu de la Batcave elle-même. Ici, la comparaison est des plus flagrantes : remonter le temps grâce à l’hypnose revient bien à retrouver ses souvenirs enfouis. C’est ce que Freud pouvait faire avec ses premiers patients, ou le Dr Milton Erickson après lui.

Ce voyage dans le temps représente à merveille le retour dans les souvenirs refoulés, vers des fantasmes infantiles. D’ailleurs, cette histoire fait des cow-boys et des indiens, les premiers occupants de la Batcave. Ce qui en fait les premiers souvenirs de l’enfance de Bruce Wayne, avant la mort de ses parents. Une enfance ordinaire, à rêver aventures de Far-West. Batman montrera lui-même sa joie toute enfantine de remonter le temps à cette période en galopant à cheval, et le temps d’hypnose, tel un rêve, se terminera dans un temps compté, comme avant le réveil.

La peur du père dans la Batcave

Dans le récit “Celui qui chute“, nous pourrons voir une image assez inhabituelle de Thomas Wayne, le père de Bruce. Celui-ci se montrera sous un jour rude envers son fils, exprimant une colère envers son fils tombé. Lorsque Martha, sa mère, tentera de tempérer la colère paternelle, lui indiquant que leur fils est terrorisé, Thomas Wayne répondra :

“Encore heureux ! Il a failli se tuer ! J’espère qu’il retiendra la leçon.”

Ce père ramènera ainsi le jeune Bruce Wayne, tombé dans les yeux de son père, à ce que la psychanalyse nomme la castration. C’est-à-dire une chute, celle qui fait passer de la toute-puissance infantile et immortelle à l’intégration psychique de son côté faillible et mortel. Ce souvenir fera de suite écho dans ce récit à la chute du père, celle de sa mort réelle, un trauma infantile faisant écho à une évènement traumatique. Quant à savoir si le désir de mort du père castrateur a effleuré le jeune Bruce Wayne, rendant sa mort réelle d’autant plus culpabilisante, un autre récit nous éclaire à ce sujet. Une affaire de masques à nouveau.

Une Batcave paternelle

Dans “Le Premier Batman“, Thomas Wayne apparaît comme enfilant le premier un costume d’Homme chauve-souris. Ainsi, il endosse le rôle de justicier d’un soir. Batman a conservé ce costume de proto-Batman dans sa Batcave. Pusieurs années plus tard, alors qu’il résout cette affaire laissée en supsens par son père, Batman se souvient. Il confie ainsi à Dick “Robin” Grayson :

“Dick, je commence à croire que lorsque cette chauve-souris, a traversé ma fenêtre, elle a réveillé le souvenir enfoui du costume de mon père ! J’ai bien l’impression que je me suis déguisé en chauve-souris à cause de cette image ressurgie de mon enfance !”

Ainsi, Bruce reconnaît le lien direct entre son costume de Batman et celui qu’il conserve de son père dans la Batcave. Mais ce n’est pas tout ! L’affaire que Batman résout finit alors de punir non moins que le commanditaire de la mort de ses parents. Et il la résout en portant d’homme chauve-souris de son père. Ce commanditaire se donne par accident la mort, soulageant le sentiment de culpabilité de Bruce.

Après ce père du premier souvenir, un père en colère, un père castrateur, ce second père survient, une image symbolique protectrice et venant soulager la culpabilité de l’enfant Bruce Wayne, formant au passage une figure idéale à laquelle vouloir s’identifier. Ce costume conservé est ainsi cette figure paternelle idéalisée, symbolique, celle dont on peut porter les insignes, la tenue, et devenir un homme qui a reconnu son père. Et le signe de ce souvenir est conservé dans la Batcave, dans l’Inconscient de Batman.

batman ordi batcave

Une Batcave comme lieu de souvenirs.

La Batcave est ainsi le lieu de l’Inconscient de Bruce Wayne. Nous avons vu comment ses souvenirs entreposés forment les galeries complexes de son Ça, cette instance psychique siège des ombres enfouies, mais aussi dirigeant la vie même de chacun. Batman n’échappe pas à la règle.

Ce qui habite dans la Batcave décide au fond de chacune de ses actions, livre ses plus intimes secrets, indique les plans de son fonctionnement psychique. C’est un jeu d’ombres permanent dans cette caverne, où les ombres, à l’instar du mythe de la caverne de Platon, forment les voies d’accès de l’Homme à la connaissance du Bien, à la transmission de cette connaissance et à l’idée de Justice.

Dans cette caverne, des hommes sont enchaînés et ne connaissent des choses extérieures que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Et des sons, ils ne connaissent que les échos. Dans ce lieu, les Hommes sont enchaînés aux faux-semblants, aux illusions de la société, aux habitudes de pensée. Afin de découvrir la vérité, la justice et le Bien, il leur faudra sortir de cette caverne, quitte à être éblouis.

N’est-ce pas le propre de la chauve-souris que de circuler sans être gênée ni par l’obscurité ni par l’éblouissement du soleil ? Platon en dira :

“Il s’agit de tourner l’âme du jour ténébreux vers le vrai jour”.

N’est-ce pas ce que s’évertue, du fond de sa Batcave, à faire Batman ? Fonder l’idée de Justice, de Bien, de connaissance et de transmission de cette connaissance à sa Bat-family ?

Ceci passe par une descente dans cette caverne de Platon comme en soi-même. La Batcave est ainsi une caverne inversée, lieu de vérité sur soi-même, lieu de l’Inconscient où il s’agit de plonger afin de voir vraiment, et soi-même, et le monde extérieur, dans sa plus cruelle lucidité. N’est-ce pas une fabuleuse définition de qui est Batman, offerte dans ce Mythology dédié à la Batcave ?

Epilogue : le rêve de chaque enfant

Dans un court récit de 2001, “Au cœur de la Batcave”, un jeune garçon se perd et atterit dans la Batcave pour s’y abriter. Il découvre alors l’existence de Batman dans un monde où il n’est qu’une légende, un mythe. Au cœur de la Batcave, c’est la visite rêvée. Dans cette Batcave, nous voyons Batman. Il est seul, comme ce petit garçon. Il le trouve et le raccompagne chez lui. Ce petit garçon qui rêve de ce lieu comme d’un abri secret, en a besoin pour s’y réfugier, a besoin d’y croire afin d’avoir un bout d’espoir brillant en soi. Ce Mythology nous montre que la Batcave est l’Inconscient de Batman, l’Inconscient de chaque enfant perdu, c’est le rêve d’un enfant. C’est un peu le rêve de chaque enfant. C’est un mythe personnel nécessaire.

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Chroniqueur et psychanalyste, Alex Hivence passe sous son regard psychanalytique les comics! Et analyse les personnages Sous le Masque