[Review] Before Watchmen : Spectre Soyeux

Telle mère, telle fille ?

spectre soyeux before watchmenLe premier Spectre Soyeux, membre des Minutemen des années 1940 a eu un bébé, et c’est une fille ! De quoi donner des idées à Madame Jupiter, qui l’élève dans le seul et unique but de lui laisser reprendre le flambeau et devenir une justicière. Mais lorsque la pression de sa mère s’ajoute aux moqueries du monde extérieur, la jeune Laurie fugue avec son petit ami Greg pour San Francisco. Livrée à elle-même dans un monde dangereux et semé d’embûches, parviendra-t-elle à trouver son identité et à tracer sa propre route ?

Before Watchmen Tome 4 : Spectre soyeux
Histoire : Amanda Conner & Darwyn Cooke 
Illustrations : Amanda Conner
Contient les épisodes Before Watchmen : Silk Spectre #1 à 4 
Publié par Urban Comics

 

L’avis de Fleurgeekette :

Quoi ? Pour ma deuxième review, je choisis encore d’observer à la loupe le travail d’Amanda Conner ? Je ne vois absolument pas de quoi vous parlez. Bon, d’accord, mais ce n’est qu’un concours de circonstances et pas du tout un acharnement critique. Il se trouve que, après une première lecture intensive de Watchmen et la découverte des Before Watchmen : Rorschach et Dr. Manhattan, découvrir ce tome 4 sur un personnage féminin et de surcroît co-écrit et illustré par la même personne que pour Power Girl, ça a quelque peu influencé ma décision d’achat. Rien qu’un peu !

Ce qui m’intriguait avec ce one-shot, c’était de savoir si le travail toujours très pop, fun, léger et aérien d’Amanda Conner allait pouvoir coller avec l’image dramatique, torturée, ambivalente et sensuelle que l’on gardait de Laurie Jupiter dans l’œuvre d’Alan Moore et Dave Gibbons dans Watchmen. Pour ne rien vous cacher, j’avais passablement peur du traitement du personnage qu’on allait retrouver ici.

jupiter laurie spectre soyeux

Amanda Conner illustre très bien le scénario du premier chapitre: ça manque de rembourrage !

Avec surprise, c’est tout l’inverse qui se passa durant ma lecture du premier chapitre de Spectre Soyeux. Le scénario de Darwyn Cooke, par son manque de profondeur et de noirceur, bref, de contenu, rend lisse et superficielle l’enfance d’une Laurie torturée et presque traumatisée par l’éducation d’une mère stricte, envahissante et névrotique. Sans le travail d’Amanda Conner au dessin, on pourrait presque penser à un feuilleton du dimanche. Merci Amanda ! Car oui, pour parler de l’enfance et de l’adolescence, quoi de plus pertinent que des traits assurés, fins et délicats, punchy et innocents ?! On ne peut rien reprocher au travail d’illustration, le dessin colle à l’âge du personnage, à l’univers dans lequel il évolue et aux relations qu’il entretient. Ce paradoxe entre scénario et illustration ne m’a pas choqué sur le moment mais en écrivant cette review la seule réflexion qui tourne en boucle dans ma tête c’est : quel gâchis !

On a la désagréable impression que les scénaristes Conner et Cooke ont pris un malin plaisir d’évoquer chaque sujet important (l’abandon de son père, son entraînement de justicière, sa relation conflictuelle avec sa mère, les moqueries du monde extérieur) de façon rigoureusement anecdotique. Comme si la genèse d’un personnage n’était pas un exercice périlleux en soi, le traiter avec légèreté et trop de rapidité fait grincer des dents.

spectre silk

                                     Laurie Jupiter se pose la même question que moi: bad trip ou mauvais rêve?

Les trois autres et derniers chapitres peuvent se ranger dans une même catégorie: celle où les dons d’illustratrice d’Amanda Conner se retournent contre un scénario qui battait déjà de l’aile mais qui, à ce moment-là, commençait à sortir le bec de l’eau. De très bonnes idées, innovantes, fortes émotionnellement et enfin dans l’air de Watchmen commencent à pointer le bout de leur nez et sont une réelle bouffée d’air frais : une lettre écrite par Laurie, l’intégration de deux Minutemen, un épisode d’enfance et une intégration dans l’équipe des Watchmen : voilà le concentré de bonnes surprises que nous réserve le scénario. Et je n’ai même pas envie de détailler tant je veux vous les laisser découvrir par vous-même.

amanda conner silk spectre

Le Flower Power prend le pouvoir: le comics passe du côté obscur

Quand soudain, avec ses gros sabots, les incohérences dans les comportements des personnages, les clichés à la Flower Power et les vaines tentatives d’humour s’acharnent à nous faire passer l’envie de s’attarder sur ces belles découvertes. La patte artistique funky d’Amanda Conner et de son coloriste Paul Mounts fait mourir à petit feu toute dimension dramatique. On mange du grotesque, du trop coloré, du hippie à toutes les sauces. Même le méchant, déjà pas très investi, est au bout du rouleau.

Mes peurs étaient donc bien fondées, je m’étais juste fait troller en début de lecture.

Pour que le travail d’Amanda Conner puisse magnifier un personnage, je pense que ce dernier doit se plier à l’univers de la dessinatrice. Malheureusement, Silk Spectre n’est pas du genre à se laisser faire. Le plus gros écueil de ce comics étant que la Laurie Jupiter que l’on quitte en fin de comics n’est malheureusement plus la même personne que l’on retrouve dans l’oeuvre magistrale d‘Alan Moore. Un grand oups ?

 

 

 

 

La lecture de Before Watchmen : Spectre Soyeux n’est pas désagréable, c’est un très bon moment à passer en compagnie de Laurie Jupiter. Mais face à un scénario creux et une illustratrice qui souhaite s’amuser avec son art à tout prix, c’est le serpent qui se mord la queue: on a l’impression d’avoir passé un excellent moment, et ce n’est qu’après avoir refermé le comics qu’on commence à ressentir le bad trip.

La note de Fleurgeekette : 

 

pour comprendre nos notes subjectives : 
5/5 J'adore 
4/5 Très cool 
3/5 Sympa 
2/5 Sans plus 
1/5 Bof 
0/5 Pas pour moi
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Categories FleurGeekette, Nos chroniques
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