Question de style 4 : Rick Remender

Rick Remender, un auteur pessimiste.

Rick Remender est un auteur que j’aime beaucoup (mais genre, vraiment, vraiment beaucoup !). Je l’ai découvert avec Uncanny Avengers, la série porte-étendard du relaunch Marvel Now qui mettait en scène une équipe mixte composée de X-Men et d’Avengers. J’avoue, j’ai tout de suite accroché au style d’écriture de l’auteur. J’ai ensuite enchaîné avec la lecture de Black Science, Low, Tokyo Ghost et ça continue encore et toujours avec l’arrivée de Seven to Eternity, une fable de fantasy visuellement époustouflante. Désormais, l’auteur ne travaille plus que chez Image Comics, ayant abandonné ses travaux chez Marvel à la conclusion de Uncanny Avengers et se concentrant alors sur ses propres récits.

Vous avez aussi peut-être joué à certains jeux-vidéos qu’il a scénarisé comme Dead Space, sorti en 2008 ou Bulletstorm, sortie en 2009 et ressorti cette année. Avant de bosser pleinement en tant qu’auteur, il a aussi travaillé dans une boîte d’effets visuels, notamment connu pour Le Géant de fer. Surtout, il a bossé en tant qu’encreur et même dessinateur sur des séries diverses et variées, de ci, de là. C’est ce qui explique certainement l’exigence visuelle de ces comics.

Mais revenons à ce qui nous intéresse : les comics ! L’auteur le dit lui-même dans la postface du tome 1 de l’édition française de Low, il est un drogué de la création. Il ne peut s’empêcher d’inventer constamment de nouvelles histoires. Forcément, ça a un impact, les rythmes ne suivent pas toujours et la qualité non plus. Ainsi, si Black Science est, à mon avis, la quintessence du style de l’auteur (bien aidé par Matteo Scalera), Deadly Class ou Low sont un cran en-dessous.

La caractéristique principale du travail de Rick Remender, c’est le pessimisme ambiant, voire le catastrophisme. Les choses vont toujours de mal en pis, les personnages ont beau essayer de réparer leurs erreurs, tout tournera forcément mal parce qu’ils sont fondamentalement incapables d’assumer leurs responsabilités et que la nature humaine les conduit à avoir un mauvais karma. Que ce soit Thor qui provoque le courroux d’Apocalypse et entraîne les événements de Uncanny Avengers et même Led Dent  dans Tokyo Ghost qui se plonge dans un monde digital pour ne pas à avoir à affronter les conséquences de sa violence, chacun des héros de l’auteur est une démonstration de la lâcheté de l’individu face à un monde souvent trop cruel. Tout le travail de fond de l’auteur, c’est l’analyse de la nature humaine à travers sa propension quasi-illimitée à commettre des erreurs. Pour un peu, on pourrait penser que l’auteur pense que l’humain est prédéterminé dès la naissance à foncer dans le mur et à continuer de foncer dedans jusqu’à ce que le mur cède.

La série qui représente le plus le style de Rick Remender et à laquelle je voue un amour inconditionné, c’est Black Science (en langue grincheuse, ça veut dire : allez la lire). L’histoire d’une équipe de scientifiques menée par le pire des égocentriques, Grant McKay, un pur héros remenderien qui fonce toujours en avant mais ne regarde jamais en arrière (au propre comme au figuré). Le genre de mec obsédé par son travail, qui délaisse sa famille mais va les embarquer dans son projet fou de voyage inter-dimensionnel. Quelqu’un qui ne se regarde pas dans le miroir, esquive les responsabilités et est entêté jusqu’au moment où il va devoir arrêter de se voiler la face. Mais Rick Remender étant un sadique et aimant pousser dans leurs retranchements ses personnages, il n’arrête pas de les torturer même lorsqu’ils font face à leurs responsabilités.

L’autre aspect fondamental de la narration de Rick Remender, ce sont ses personnages. Ce sont toujours des individus qui luttent contre leurs propres démons et qui vont chercher à se rassembler avec d’autres personnes similaires. Que ce soit une équipe comme la X-Force, l’équipe Unité des Avengers, les scientifiques de Black Science ou encore les lycéens de Deadly Class, le leitmotiv de Rick Remender, c’est « qui se ressemble, s’assemble ».

Sauf que ce sont généralement des individus avec un fort caractère, ce qui se manifeste par un ego surdimensionné ou bien une trop grande gueule ou encore des pouvoirs surpuissants. Fatalement, chacun d’entre eux contribuera à provoquer des déséquilibres qui entraîneront des successions d’événements dramatiques. Chacune des équipes qu’assemble Rick Remender contredit l’adage « l’union fait la force » car c’est la désunion qui règne. Prenons l’exemple de Uncanny Avengers où aucun leader ne parvient jamais à s’affirmer. De nombreux conflits existent entre les héros : la lutte entre Havok et Captain America, le propre complexe de Alex Summers vis-à-vis de son frère qui l’empêche d’être un chef, la lutte sans fin entre Malicia et la Sorcière Rouge. Tous les personnages passent le plus clair de leur temps à se prendre la tête plutôt qu’à véritablement collaborer. Pour prendre un autre exemple, c’est exactement ce qui se passe dans Uncanny X-Force lorsque Fantomex prend une décision radicale dans le premier arc. Il la prend parce que le leader était incapable de prendre une décision et que lui-même est un personnage hautain et méprisant qui se croit supérieur à tous les autres membres de l’équipe.

Ce sont ces chocs entre les personnages et leurs propres ego, qu’aucun ne semble prêt à abandonner, qui fondent le cœur de la narration de l’auteur. Il y dessine en creux un portrait peu reluisant des super-héros, toujours prompt à sauver le monde mais jamais capable de se remettre en cause et des humains de façon plus large où chacun enchaîne les mauvais choix jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Rick Remender est donc quelqu’un de fondamentalement pessimiste et pourtant, il y a toujours une lueur d’espoir quelque part dans l’univers si tant est que les personnages acceptent de la voir.

Il reste maintenant à découvrir si les choses sont équivalentes dans Seven to Eternity, dispo depuis vendredi chez Urban Comics !

Commentaires
Categories Question de Style
Jetez un oeil ici...