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Nicolas Pétrimaux, auteur de Il Faut Flinguer Ramirez


Nicolas Pétrimaux est l’auteur de Il Faut Flinguer Ramirez, un triptyque dont le premier tome vient de sortir chez Glénat. Il s’agit d’un récit d’action centré sur la chasse à l’homme d’un tueur à gage de la mafia dans les années 80, en Arizona. Jacques Ramirez est un réparateur d’aspirateurs muet, le meilleur de la Robotop. Entre pression d’entreprise, vengeance mafieuse et lancement d’un produit révolutionnaire, Il Faut Flinguer Ramirez est techniquement impeccable, drôle et bourré de références Pop.

J’ai profité de l’édition 2018 de Comic Con Paris pour rencontrer Nicolas Pétrimaux et tenter de découvrir l’origine de ce thriller délire.


Il Faut Flinguer Ramirez, c’est l’histoire d’un réparateur d’aspirateurs, muet, dans les années 80. Comment on fait signer un projet pareil à un éditeur ?

On le fait boire (rire). C’est ce que j’ai mis 20 ans à comprendre.
Plus sérieusement, avec toute l’introduction dessinée, tout simplement, et en essayant d’être assez précis sur mes intentions : ce que je voulais faire avec cette série, qui étaient mes personnages…
J’ai fait un dossier simple mais j’avais déjà anticipé les questions de l’éditeur comme le marketing, comment pitcher le projet ou comment vendre ce projet. Quand j’ai présenté le projet, il n’y avait pas trop de questions à se poser sur ce que ça allait être en vrai. On pouvait déjà se projeter facilement.

 

C’est donc un projet personnel, que tu as mûri pendant longtemps…

Tout à fait. J’ai écrit l’histoire sans me mettre de pression ou me donner une deadline. A l’époque, je bossais pour le jeu vidéo en parallèle. J’avais une pause de quelques mois, je venais de finir un projet de BD et j’avais envie, depuis que je suis tout petit, de raconter mes propres histoires.

Je m’étais déjà planté plusieurs fois dans des projets d’écriture, je me suis donc réinvesti complétement en m’intéressant particulièrement aux structures narratives. Je me suis beaucoup documenté pour structurer ma pensée, ça m’a vachement aidé.

Sans pression, chaque matin, je me lève et j’écris. Je vois où ça me mène. C’était une bonne façon d’écrire. Je me sentais libre. Je pouvais tout remettre en question et je le faisais lire autour de moi jusqu’à ce que ce soit convaincant.

Un héros muet dans les années 80

Jacques Ramirez, le personnage principal, est muet et il a une grosse tâche de naissance sur le visage. Tu cherchais à te compliquer la mise en scène et la colorisation ?

Au contraire, avec un héros qui ne parle pas je me suis simplifié la vie. Personne ne sait vraiment ce qu’il pense donc ça me donne du boulot lors du travail préparatoire. Je connais ses intentions mais je ne le dis pas d’un bloc au lecteur.

Ce qui m’agace dans certains récits, c’est que le héros parle trop ou bien qu’il te délivre une morale toute cuite. Les actions d’une histoire peuvent à elles seules faire réfléchir le public. C’est comme dans certains films de Spielberg où il ne peut pas s’empêcher de conclure par une voix off qui nous dit ce qu’il fallait penser de son film alors que ses intentions étaient claires.
C’est donc ce que j’essaie d’appliquer à mon travail.

 

Au-delà de l’histoire, c’est le travail sur la couleur qui m’a le plus impressionné. Le récit se passe en Arizona et on ressent la chaleur ambiante à travers les pages.
Comment construis-tu tes pages ? Quelles sont tes techniques ?

Je dessine beaucoup de séquences puis je décide de différencier chacune des séquences par des couleurs dominantes. Quand j’ai les pages en face de moi, je veux pouvoir identifier facilement la scène qui se passe devant chez Ramirez ou celle qui se passe à la Robotop

Ensuite, j’attache de l’importance aux détails, aux reflets…

Mais ce qui fait l’harmonie, c’est ce qu’on appelle l’étalonnage. Quand je travaillais dans les effets spéciaux, c’était une étape obligatoire de la production du film. On récupère tous les rushs, toutes les images qui viennent de tournages dans des endroits différents et il faut qu’elles aillent ensemble. Il faut retrouver les mêmes teintes pour avoir une homogénéité sur les séquences.
Je travaille donc beaucoup cet aspect. J’essaie donc de trouver le bon étalonnage pour chaque séquence.

 

On peut aussi parler des scène d’action, il y a un dynamisme dingue notamment dans les courses de voitures. C’est quoi l’astuce pour dessiner de la vitesse sur des dessins statiques ?

L’image est statique mais il y a le regard du lecteur qui se ballade dans la planche et c’est ce qui créé l’impression de mouvement. Ton œil balaye la page d’une certaine manière, selon ce que je décide.
Tu as des bulles reliées les unes aux autres qui te font passer de cases en cases. On lit les pages de gauche à droite mais avec cette astuce, je peux te faire parcourir un strip de droite à gauche, par exemple.

J’utilise aussi les onomatopées et la disposition des éléments.
On place un flingue, ton regard va balayer le bras et plonger dans l’expression du personnage dont le regard répond à la case du dessous, mes pages sont pensées comme ça. Les courses de voitures doivent t’emmener, te donner envie de tourner la page et qui tu ne sois jamais perdu dans la scène.

Des pubs et des références

L’univers de Il Faut Flinguer Ramirez existe aussi pour le lecteur. Ce sont des épisodes façon comics, dans les comics il y a des pages de pub et ici on trouve des pubs qui s’adressent au lecteur pour lui vendre des produits qui n’existent que dans la BD.

Depuis très longtemps, j’avais envie de développer un univers cohérent dans un projet de BD, un univers qui soit capable de sortir des cases de la BD. Je veux emmener le lecteur sur YouTube ou sur une fiche explicative sur Internet pour que l’expérience ne se limite pas à un acte d’achat en librairie. C’est quelque chose que j’apprécie en tant que lecteur. J’ai donc envie d’offrir mon propre univers de cette façon là.

 

D’ailleurs, tu l’as fait : il existe des vraies pubs en vidéo, par exemple, pour le Vacumizer 2000, un aspirateur qui est au centre de l’histoire.

Oui. Tu regroupes une petite équipe avec des amis, tu leur expliques le projet et, si ça les fait marrer, leur demandes de venir tourner ça un dimanche après-midi chez mes beaux-parents… Ensuite, on trouve les costumes, la bonne moustache, on tourne ça rapidement et on passe un bon moment.

Publicité Vacuumizer 2000 from nicolab on Vimeo.

Publicité Vacuumizer 2000 from nicolab on Vimeo.

Les pages de pub sont devenues quelques chose d’important dans le récit. J’ai grandi dans les années 80 et 90. A l’époque, les films passaient à la télé avec une coupure pub. Quand on enregistrait le film sur VHS, on enregistrait la pub avec le film et à force de les voir et les revoir, la coupure pub faisait partie du film, pour nous.

C’est quelque chose que j’avais envie de retranscrire dans ma BD. Il se passe quelque chose dans l’histoire et la pub rebondit là-dessus. C’est un marqueur de l’état de la société et l’époque durant laquelle ça se passe.
Ça permet aussi de critiquer les aberrations de nos modes de vie. Si les blagues de ces pubs venues des années 80 font écho à des trucs d’aujourd’hui, soit 30 ans plus tard, c’est qu’on n’a pas vraiment avancé.

 

Les pages sont pleines de référence à la pop culture, des jeux vidéos aux bagnoles de flics qui volent façon Blues Brothers. Tu sais combien tu en as cachées dans le premier tome ?

Il y a des références inconscientes aussi. Je n’ai vu le film Les Blues Brothers qu’il y a deux mois. La BD était déjà sortie. Je pense que j’avais du voir des extraits dans des zappings ou ce genre de choses.

 

Tu trouves aujourd’hui dans Il Faut Flinguer Ramirez des références que tu avais oublié ?

Bien sûr ! Dans le journal Le Falcon Today, j’ai créé des faux articles et en les relisant quelques mois plus tard, je réalise que je ne me souvenais pas de certains textes, de certaines blagues.

Tout ça est assez dense. J’ai écrit plein de choses que j’ai remaniées avec de passer à autre chose. Au bout d’un moment, je n’ai plus en tête tout ce que j’ai pu mettre dans le livre.

Il y a une page où le personnage de Jacques lit son journal dans une salle pleine de trophées. Il y en a plein que j’avais oubliés. Pendant un après-midi, j’ai cherché plein de conneries.
Quelques semaines plus tard, je ne me souvenais plus de toutes les conneries que j’étais allé cherché.

A la conquête de l’Amérique

Il Faut Flinguer Ramirez est une série en 3 tomes. Le premier est donc sorti, le deuxième arrive en février 2020. Le titre profite d’un partenariat entre Glénat Comics, éditeur français, et IDW, éditeur américain.

Oui, il va sortir à l’été prochain aux Etats-Unis.

 

Tu as travaillé tes pages au format comics ? Elles ont été agrandies pour la publication en France ?

Je travaille au ratio comics. Comme je travaille en numérique et en grande définition, la taille ça ne veut pas dire grand chose.
On s’est surtout rendu compte que mes pages étaient chargées en décors, en détails et plein de petits trucs à voir. On perdait un peu de ces détails au format comics.

L’autre raison, c’est que je trouve le public franco-belge un peu rétissant à aller vers le comics. Il y a des gens qui ne veulent pas aller vers le fond de la librairie, vers les rayons de comics alors qu’il y a de supers histoires. Je trouve ça dommage.

J’ai donc gardé mon ratio comics et je l’ai un imprimé peu plus grand pour les gens qui aiment le franco-belge. Peut-être que ça aidera à les faire changer d’avis sur la BD américaine.
D’ailleurs, aujourd’hui en dédicace, on m’a fait cette réflexion : “votre bouquin m’a donné envie d’aller jeter un coup d’oeil au rayon comics“.

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Matt est animateur et producteur en radio et en télé depuis 2006. Autodidacte, il lance plusieurs programmes dont C'est Quoi Ton Job ? ou L'Upperground, récompensés par des prix nationaux. Avec La Sélection Comics, il parle de BD américaine au plus d'1.3 million d'auditeurs de Sud Radio, Vibration, Voltage et beaucoup d'autres. Il est le fondateur de LesComics.fr.