Le Marvel Cinematic Universe et moi. L’avis de Comics Grincheux

 

Ah, le MCU, ce projet qui colle des érections à tous les fans de super-héros ! Enfin, ça, c’est ce que croit la majorité des gens…

Si les films Marvel produits par Marvel Studios sont des divertissements souvent fun, ils ont tout de même des problèmes très importants présents dès le départ et qui met en avant une uniformité visuelle assez laide. Comme le dit le youtubeur Patrick H. Willems, les films ressemblent « à du béton boueux » !

Je le dis et je le répète parce que c’est important, ça n’empêche pas les films d’être divertissants et je m’amuse devant !  Mais pour un spectateur exigeant comme moi (ce que vous pouvez corriger par gros casse-couilles), la patte visuelle foncièrement laide des films Marvel Studios est un vrai frein et un problème qui devient de plus en plus épineux.

Mais avant ça, revenons en arrière. Je fais partie de ces gens qui ont découvert le MCU en apprenant l’existence de la scène post-générique avec Samuel L. Jackson dans le premier Iron Man, ce qui m’a intéressé, sans plus. Je n’étais pas un grand fan de l’équipe des Avengers à l’époque et l’homme à l’armure de métal était déjà quelqu’un qui m’ennuyait profondément. C’est surtout Iron Man 2 qui, malgré son côté orgie d’easter eggs qui ne servent à rien, m’a fait rentrer et m’a fait comprendre ce qu’allait devenir le MCU et j’ai immédiatement trouvé le projet dingue et audacieux.

Après dix ans d’existence, il est temps d’admettre que si le projet est effectivement audacieux sur le papier, en termes cinématographique, c’est autre chose. Portés par une série de yes-men, les films n’ont jamais brillé par leur mise en scène, proposant très rapidement un format très encadré pour un résultat divertissant mais rarement brillant. Ce n’est que l’arrivée de James Gunn et des Gardiens de la Galaxie qui a permis de montrer qu’un réalisateur pouvait s’insérer dans cet univers et proposer une patte personnelle. Sauf au niveau du visuel donc, qui est resté super laid pendant près de neuf ans.

 

T’as pas une gueule de porte-bonheur !

Pour que vous compreniez, il faut expliquer quand même de quoi je vais parler. Ici, on va aller dans un aspect un peu technique que tout le monde voit : la photographie et l’étalonnage numérique. Sans être un spécialiste (loin de là), j’ai certaines idées quant à ce qui ressemble à un étalonnage numérique réussi et une photographie agréable.

L’étalonnage numérique, c’est ce qui permet, grâce à l’arrivée des caméras numérique de retravailler les tons de couleurs d’un film. Zack Snyder en est un spécialiste et Justice League est l’un des exemples qui me frappe le plus pour montrer à quel point l’étalonnage numérique est important.

 

Vous voyez la différence de ton entre les images ? Le ton brut, profond et grave qui se dégage à gauche avec des couleurs qui tirent intensément vers le métal et l’industriel, alors que les images à droite semblent fades, lisses et profondément ternes.

Eh bien, dans le MCU, c’est un défaut récurrent, l’image est lisse, plate, fade et ne dégage donc rien à mes yeux. Ni personnalité, ni personnalisation quelconque pour mettre en avant un réalisateur ou un directeur de la photographie. Evidemment, je ne m’attends pas à ce que Roger Deakins ou Emmanuel Lubezski arrive pour travailler dans le MCU mais dès le départ, les films sont lourdement handicapés. Les deux premiers films que sont Iron Man et Hulk ainsi que Iron Man 2 détonnent un peu parce qu’ils ont été tournés en argentique (sur pellicule, si vous préférez). Les noirs sont donc profonds et l’étalonnage numérique n’a aucune incidence ici. Les problèmes vont ainsi apparaître dès Thor.

Kenneth Brannagh n’est pas un grand metteur en scène, il est à l’aise dans les travaux classiques. Son arrivée sur Thor est logique pour la mise en avant d’un aspect shakespearien. Le problème, c’est qu’il va tomber sous la coupe des logiques du studio qui veut une uniformité visuelle. Ce ne serait pas un souci si la photographie uniformisée dégageait quelque chose de travaillé. Malheureusement, ce n’est pas le cas… Thor est un exemple vraiment fabuleux du pire de ce qu’a offert le MCU. La cape de Thor est d’un rouge tellement forcé qu’il en devient faux et le reste des couleurs est fade. Tout sent le tournage en studio et la teinte glacée du film ne rend pas hommage à Asgard.

ce beau bouclierCe sera encore pire sur Captain America : First Avenger. Joe Johnston est un réalisateur confirmé et sa directrice de la photographie, Shelly Johnson est une de ses collaboratrices habituelles. Comparez leur travail sur Wolfman et sur le film qui nous intéresse ici. C’est le jour et la nuit, la faute à un étalonnage numérique qui dénature tout le boulot effectué. Il y avait une tentative de donner un aspect vieilli à l’image, avec une sorte d’effet old school apposé sur l’image qui imite le grain de l’argentique. Mais là encore, à part le bleu du Tesseract qui claque un peu à l’image, tout est fade et terne. Alors que le rouge et le bleu du bouclier de Captain America aurait dû nous péter à la gueule, l’accessoire du héros est d’une fadeur sans nom qui ne rend pas hommage à cette icône des comics.

Evidemment, je pourrais continuer à égrener les exemples mais ça n’aurait pas d’intérêt. Cela va s’accentuer sur les films suivants et Les Gardiens de la Galaxie est, à ce niveau-là, une déception sans nom. A part Knowhere et la séquence sans air à l’extérieur, là encore, rien ne pète. L’espace chez Marvel est un lieu funky, plein de couleurs et de fantaisies dans les environnements. Si on aperçoit cette folie à travers la direction artistique, l’étalonnage numérique et la photographie ne font pas des merveilles. Je vous renvoie à la vidéo de Patrick H. Willems pour une démonstration visuelle de ce qu’un étalonnage numérique moins uniformisé aurait pu donner.

 

Des couleurs, enfin ! Mais un autre problème.

Pendant de nombreux films, cela va continuer. Pourtant, James Gunn va apporter la folie visuelle qu’il fallait. Libérer de ce qui semblait être un fardeau incarné par Ike Perlmutter, la phase 3 semble se libérer. Si Doctor Strange ne montre pas encore cela, il y a des signes encourageants, notamment à travers l’œil d’Agamotto et son vert éclatant. Mais Les Gardiens de la Galaxie, Vol. 2 arrive comme une vraie bouffée d’air frais. Festival de couleurs, le film est une vraie orgie visuelle (peut-être trop, parfois). La folie que Gunn a tenté d’insuffler se retrouve pleinement à l’écran à travers un univers complètement fou, bariolé de couleurs flashys dans tous les sens. Mais surtout, ici, on trouve enfin des couleurs éclatantes parce que le visuel est très soigné et l’étalonnage numérique parfaitement réglé. La valeur des couleurs se retrouve intégralement à l’écran et on n’a plus seulement l’impression de voir des gris foncés.

Spider-Man : Homecoming n’est évidemment pas aussi éclatant mais l’étalonnage numérique est là encore bien réglé avec des valeurs de couleurs qui semblent véritables, notamment pour le costume de Spidey. Thor : Ragnarok va reprendre la patte visuelle cosmique de James Gunn mais la lisse un peu plus pour un résultat néanmoins réussi. Surtout, Asgard est véritablement éclatante. Hela est ténébreuse, les éclairs de Thor sont des flashs de lumière purs et les teintes de couleurs sont chatoyantes. Toute la partie sur Sakaar est réussie. Black Panther parvient à réussir cet exploit et si sa photographie peut paraître lisse en comparaison d’autres films sur les afro-américains tels que Moonlight ou Get Out, elle n’en reste pas moins éclatante. Le Wakanda est éblouissant et c’est un festival de couleurs.

Malheureusement, tout n’est pas aussi rose. Le problème qui se pose désormais à Marvel Studios, c’est le tournage en studios, empêchant les directeurs de la photographie d’accomplir leur travail de manière complète. Les contraintes sont nombreuses pour eux et les fonds verts viennent rapidement atténuer les visions artistiques. Néanmoins, si dans Les Gardiens de la Galaxie, Vol. 2, cela peut être tout à fait logique et peu gênant dans un univers cosmique, ça devient très problématique lorsque le film est censé se dérouler en Afrique et que les fonds verts sont là pour donner l’illusion d’un territoire sur lequel le tournage n’a pas eu lieu. Le problème est désormais différent et va plus loin que l’étalonnage numérique mais reste ancré dans l’aspect visuel. De plus, le rythme de production rend les cadences infernales pour les équipes chargés des effets spéciaux. Si vous regardez les génériques au cinéma et que vous restez attentifs, vous avez dû noter qu’il y a de nombreuses sociétés sollicitées pour cette partie. Ce qui donne une inconsistance dans les effets spéciaux qui rend très laides certaines scènes.

Black Panther est à ce titre significatif de ce nouveau problème. Ryan Coogler a une maîtrise assez folle en matière de mise en scène, que ce soit pour la spatialisation ou le dynamisme mais certaines séquences comme les duels sont gâchées par les fonds verts immondes. De là, l’efficacité et le maniérisme visuelle du réalisateur en prennent un coup puisque les combats peuvent devenir (et sont) illisibles. Je ne parle pas du duel final, digne d’une cinématique de l’ère PS2 ni de ce dialogue censé être émouvant mais complètement foiré par un fond vert incroyablement laid.

 

Bref, mon rapport au MCU est ainsi. Je suis toujours partagé entre le fun que me procurent les meilleurs opus et leur qualité visuelle souvent défaillante. Et, alors même que Kevin Feige laisse des réalisateurs être plus libres et insuffler plus de personnalité dans leurs films, comme James Gunn, Taika Waititi ou Ryan Coogler, leurs visions se retrouvent parasitées par des problématiques techniques extérieures à la pure cinématographie. Nous verrons bien où nous emmène le futur de Marvel Studios !

 

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