[Review] The Private Eye

« Choisissez votre masque ! »

The Private Eye

Dans un monde où Internet a disparu, chacun se cache désormais derrière un masque pour dissimuler ses mystères et protéger sa vie privée. C’est dans ce monde que vit P.I., un détective privé qui va être chargé de déjouer une machination qui pourrait remettre ce monde en question.

The Private Eye
Histoire : Brian K. Vaughan
Illustrations : Marcos Martin et Muntsa Vicente
Contient les épisodes The Private Eye #1-10
Publié par Urban Comics




L’avis de Comics Grincheux :

Brian K. Vaughan est un artiste dont les œuvres sont toujours très attendues en raison de leur qualité scénaristique. L’auteur parvient toujours à proposer des histoires intelligentes avec des niveaux de lecture multiples mais aussi des structures simples et efficaces, permettant à chaque lecteur d’aborder ses œuvres sereinement. The Private Eye ne déroge pas à la règle et offre un récit d’une qualité incroyable !

De manière très progressive, le scénariste nous introduit subtilement à ce nouvel univers qui a vu la disparition de l’Internet. Chacune des nouvelles règles de ce monde est explicitée de façon progressive et l’intrigue monte en tension de la même manière. Le port des masques, la disparition des réseaux sociaux, la réappropriation de la culture écrite, etc. L’histoire met en place toutes ces choses très sereinement et posément, les amenant organiquement dans le récit. Les protagonistes sont eux aussi présentés de façon clair, amenant leurs motivations quand le récit en a besoin mais ne faisant jamais dans le trop plein. Seul P.I. est entouré d’une aura de mystère, se posant comme une sorte de justicier, à l’écart de la société et rejetant l’attitude des autres citoyens. Au final, chaque personnages de l’intrigue a ses propres raisons pour faire ce qu’il fait et contribue à poser des interrogations pendant tout le récit.

Comme le précise très clairement Brian K. Vaughan dans sa postface, le but de l’histoire n’est pas nécessairement de proposer un discours critique à l’encontre des réseaux sociaux mais contribue plutôt à interroger l’image que l’on souhaite renvoyer aux autres. Force est de constater que l’idée des masques protégeant l’individu et sa vie privée est le point de départ d’une réflexion profonde. A aucun moment, l’auteur ne va proposer un jugement virulent et violent contre les réseaux sociaux ou contre ceux qui les utilisent. C’est une vraie réussite, une pépite d’intelligence, nous questionnant sur notre propre responsabilité face à l’avenir de nos données personnelles et de notre société. Jusqu’où sommes-nous prêt à nous dévoiler ?

L’autre très bon aspect, c’est que le récit est mené tambour battant, l’auteur sait comment tenir en haleine son lecteur. Que ce soit par la narration progressive dont j’ai déjà parlé mais aussi la façon de gérer les révélations, les relations entre les personnages et plus généralement, les cliffhangers. Chacun d’entre eux fera progresser l’intrigue de façon significative et ça change de l’utilisation parfois outrancière de ce procédé.

A côté de ça, le boulot artistique mené par Marcos Martin et Muntsa Vicente est une véritable merveille. L’univers créé est magnifique, rempli de couleur et de vie, rien n’est jamais sombre ou plongé dans une obscurité qui aurait pourtant été le choix le plus évident. L’histoire, bien que noire, se voit ainsi contrebalancer de la plus belle des façons.

En bref, The Private Eye est une sacrée pépite comme Brian K. Vaughan sait les écrire. Profond, rythmé, intelligent, l’œuvre fait partie de celles qui comptent, de celles qu’on relira et qu’on approfondira ensuite.

La note de Comics Grincheux : 

 

L’avis de Ben :

Passer après Comics Grincheux et trouver qu’il a été trop gentil, c’est une première ! Mais je suspecte qu’un côté fan-boy altère son jugement. Ne lui dites pas !

Avez-vous déjà fermé un livre et vous être dit que ce livre aurait pu être un chef d’oeuvre et que les auteurs ont manqué le coche d’un rien ? A la fin de la lecture de Private Eye, j’ai exactement ce sentiment.

Brian K. Vaughan s’est mis comme objectif de répondre dans ce comics à la question suivante : est-ce que l’exposition de la vie privée sur les réseaux sociaux est-elle mauvaise pour notre société ?

Je n’ai pas trouver la réponse dans ces pages, il y a bien des éléments parsemés au fil des pages et un contexte de l’histoire qui baigne complètement dans le sujet. Tout est présent mais la problématique n’est pas traitée, au mieux elle est survolée.

Au final, au lieu d’avoir un comics astronomique sur un sujet critique et brûlant opposant deux visions du monde on se retrouve avec une banale (mais sympathique) enquête policière.

L’archétype des personnages est bien construit entre P.I. le détective privé, son grand père aux allures de Spider Jerusalem dans Transmetropolitan, ou encore l’ado paumé et le flic chevronné, on a là une bande de personnages percutante.
Le parallèle entre les pouvoirs actuels et ceux du bouquin est intéressant. La police remplacée par les médias avec les différentes échelles allant du média local représentant la police de proximité aux grandes chaînes de télévision nationale représentant un pouvoir fédéral, tout ça est très bien trouvé !
Par contre, la grande menace sonne comme une petite menace puisque finalement personne n’en a vraiment peur.

J’en reviens à mon impression de début, Brian K. Vaughan et Marcos Martin nous servent de très bon ingrédients scénaristiques et graphiques mais ne vont pas jusqu’au bout et loupent l’occasion de faire un classique avec ce comics.

J’ai un goût de déception dans la bouche, j’attendais tellement… trop peut être !

Le bonus du livre à savoir la correspondance entre les auteurs nous relatant la naissance du projet et les premiers échanges est elle passionnante… Les mauvaises langues diront plus que l’histoire !
A l’occasion je vous parlerai de Panel Syndicate, la plateforme de publication originale de private eye, dans un autre article.

Private Eye est un très bon livre, mais n’est pas à la hauteur de ses ambitions. Il mérite toute fois toute votre attention.

La note de Ben : 

pour comprendre nos notes subjectives : 
5/5 J'adore 
4/5 Très cool 
3/5 Sympa 
2/5 Sans plus 
1/5 Bof 
0/5 Pas pour moi
Commentaires
Categories Ben, Comics Grincheux, Nos chroniques
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