[review] The Escapists

Un coup de coeur auquel vous ne pourrez échapper !

Maxwell Roth, un jeune juif de Cleveland, vient de perdre son père. De retour du cimetière, sa mère lui remet la clef de la cave familiale. Max découvre alors le jardin secret de son père : sa passion pour un héros des comics de l’âge d’or : l’artiste de l’évasion (The Escapist). Subjugué par sa découverte, Max grandit en lisant et relisant les aventures du personnage préféré de son géniteur. Devenu adulte, Max n’a alors qu’un seul rêve : redonner vie à The Escapist. Après s’être lourdement endetté pour racheter les droits du héros, le jeune homme s’entoure de deux amis pour réaliser son objectif.

Auteur : Brian K. Vaughan
Dessinateurs : Steve Rolston, Jason Shawn Alexander, Philip Bond, Eduardo Barreto
ce livre contient l'intégrale de The Escapists #1-6

L’avis de Sonia Smith :

Brian K. Vaughan étant un scénariste qui offre des récits originaux, et sur les conseils de Chris de Comixrays, j’ai donc décidé d’attaquer la lecture de The Escapists. Dans ce titre, Vaughan rend hommage au roman de Michael Chabon intitulé Les extraordinaires aventures de Kavalier and Clay et qui fut couronné du prix Pulitzer en 2001. Dans ce livre, Chabon met en scène deux personnages qui créent un héros de comics : l’artiste de l’évasion.
(le livre est également un hommage appuyé à Jerry Siegel et Joe Shuster, créateurs de Superman, dont il est une biographie romancée, ndMatt)

Vaughan s’inspire directement de Chabon pour proclamer son admiration à cet auteur mais aussi au monde des comics en général tout en critiquant l’univers impitoyable de l’édition et plus largement d’un capitalisme sans âme qui écrase la création indépendante. The Escapists est avant tout une déclaration d’amour aux comics, à la passion qu’ils peuvent inspirer à chacun d’entre nous.

Les personnages principaux du titre de Vaughan sont représentatifs des lecteurs de comics : Max est un jeune orphelin mal dans sa peau qui trouve son réconfort et ses modèles dans la lecture des vieux comics de son père, Denny est un type sensible, écrasé par la figure paternel qui cache une grande sensibilité sous ses dehors de gros dur et Case est une artiste dans le vent et déterminée. Ce trio inspire inévitablement l’empathie du lecteur qui ne peut que prendre fait et cause pour leur combat contre les multinationales et leur volonté de faire exister un comic-book indépendant.

Le scénariste alterne l’histoire principale et les aventures de l’artiste de l’évasion imaginées par Max, Denny et Case. Les nouvelles histoires de The Escapist sont beaucoup plus sombres et moins pulp que celles du héros originel montrant combien les héros de comics reflètent les préoccupations de leur temps et de leurs auteurs. L’Escapist crée par Max est un héros torturé, aux prises avec ses démons intérieurs, un personnage qui lutte pour devenir adulte, pour laisser derrière lui ses souvenirs douloureux. Ce récit dans le récit permet de comprendre le jeune Max qui doit avancer malgré sa douleur permanente, celle d’un orphelin qui doit se construire seul face à un monde souvent hostile. Malgré les tentations, les erreurs, les dangers, Max et ses amis ne renoncent pas à leur rêve ni à leur intégrité et c’est pour cela avant tout que le lecteur ne peut que s’attacher à leur sort.

Ce titre évoque aussi la violence scolaire, le harcèlement dont sont l’objet les plus faibles, le racisme et le désespoir qui peut guetter les déclassés ou ceux qui se heurtent aux intérêts des plus riches.

The Escapists est rempli de références aux comics, d’hommages aux scénaristes chez qui Vaughan puise son inspiration, il cite Will Eisner avec lequel il partage l’amour des villes et de leurs habitants – New York pour Eisner, Cleveland pour Vaughan – mais aussi évidemment Alan Moore. Il cite les maisons pour lesquelles il travaille sans compromission, décortique le travail d’écriture, de composition ou de lettrage qui donne vie à une bande dessinée permettant ainsi de mieux en appréhender les coulisses.

Sur le plan graphique, The Escapists jonglent entre des styles très différents qui rappellent soit l’âge d’argent des comics, soit les plus sombres années 2000 alors que le dessin de Steve Rolston s’apparente avec bonheur à celui de Gabriel Rodriguez dans Locke and Key exaltant la jeunesse avec la même réussite.

En résumé, The Escapists est sans nulle doute le titre de l’année 2016. Au delà d’un simple hommage au roman de Michael Chabon, ce récit évoque, avec une grande sensibilité, des thématiques de premier plan comme le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte, la force de l’amitié qui permet de dépasser l’adversité. The Escapists est une déclaration d’amour à la ville natale de Vaughan, Cleveland, mais aussi et surtout aux comic-books, aux passionnés qui offrent encore de véritables pépites à leurs lecteurs par delà le mainstream et l’uniformisation. Vaughan fait clairement passer son message : notre force, c’est le pouvoir de rêver. En lisant The Escapists, le rêve est à portée de main.

La note de Sonia Smith : 

 

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Categories Nos chroniques, Sonia Smith
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