[Review] Les Seigneurs de Bagdad

Simba s’est échappé !

Urban Comics Les seigneurs de BagdadTiré d’une histoire vraie, ce récit nous transporte aux côtés de quatre lions libérés de leur zoo suite aux bombardements de Bagdad en 2003 par l’armée américaine.
L’histoire prend alors la forme d’un road trip sauvage à travers le chaos qu’est la guerre.

Les Seigneurs de Bagdad
Histoire : Brian K. Vaughan
Illustrations : Niko Henrichon
Contient le graphic novel Pride of Bagdad
Publié par Urban Comics

L’avis d’Alex :
J’avoue avoir pris ce bouquin au hasard dans ma médiathèque seulement par attirance pour sa couverture.
Dès l’ouverture du livre, on se retrouve plongé en enfance. En tout cas la mienne, car voir les dessins de ces lions et de ces lionnes m’a directement rappelé Le Roi Lion de Disney. On ne peut donc s’empêcher de voir sur les pages se mouvoir Mufasa, Sarabi, Simba ou encore Nala. Félins on ne peut plus iconiques de cet univers.

La futilité de la guerre est vraiment bien mise en scène dans ce récit de par l’interrogation et la stupéfaction de ces animaux qui ne sont ici que les victimes des mœurs humaines, devant assumer les conséquences d’actes perpétrés au nom de la liberté.

On a le droit alors à une confrontation entre le règne animal et le règne des hommes, mettant en avant certaines idées actuelles telles que la servitude volontaire ou involontaire, l’esclavagisme et la loyauté.
Ces thèmes sont actuels dans le sens où ils peuvent se référer aux récentes affaires du Marineland d’Antibes (je vous conseille grandement le film BlackFish qui parle de la détention des orques dans les Sea World américains) ou au bannissement des cirques animaliers au Pays-Bas. Affaires qui remettent souvent en cause la détention animale avec l’idée qu’il s’agit plus d’une forme de maltraitance que de préservationnisme. Et c’est exactement la question que pose indirectement Brian K. Vaughan : doivent-ils être emprisonnés afin d’être préservés ou doivent-ils être laissés à l’état sauvage, au risque de disparaître ?
L’auteur était d’ailleurs en avance sur son temps car le récit date initialement de 2006 pour sa parution américaine !

Au-delà de ces sujets souvent ouverts à débats, les auteurs ont pris le parti de rappeler aux lecteurs les lois de la nature. En effet, une fois l’environnement superficiel éclipsé, quand les règles imposées par les hommes ne sont plus, celles de la nature reprennent leurs droits. Aussi cruelles soient-elles.
On est donc loin du doux sentiment rassurant créé par le film américain, mais on est plutôt face à une dure réalité qui ne fait pas dans la dentelle.

Ensuite, les dessins de Niko Henrichon parlent d’eux-mêmes. Ses traits se rapprochent davantage du sketching que du dessin fini, mais ce sont les couleurs utilisées qui leur donnent cet impact visuel. Voyez par vous-même :

On navigue donc dans un environnement aux couleurs chaudes pour rappeler évidemment la chaleur de l’endroit (et oui Bagdad ne se situe pas au pôle Nord) mais aussi pour donner une impression de fin du monde. La chaleur représente les feux déclenchés par les bombardements, la lumière dégagées par les obus lorsqu’ils touchent le sol.

Brian K. Vaughan et Niko Henrichon nous proposent un récit profond qui soulève des questions sur le droit animal. Des questions actuelles qui deviennent de plus en plus récurrentes dans les médias. Ils montrent aussi la futilité de la guerre dont les victimes sont, ici, des animaux n’ayant rien demandé. Bref, un super bouquin qui mérite bien son Harvey Award !

La note d’Alex : 

 

L’avis de Comics Grincheux :

Brian K. Vaughan est un scénariste que j’adore pour sa capacité à proposer des niveaux de lecture multiples et c’est là aussi qu’on voit l’intérêt des avis multiples. Car ce que Alex a lu entre les cases, je ne l’avais jamais perçu. Les seigneurs de Bagdad, c’est cette histoire remarquable, au rythme trépidant qui file d’une seule traite, d’où son non-chapitrage. C’est aussi cette histoire où les animaux sont les représentants de la population irakienne, les lions étant avant tout le peuple, représentés alors par l’animal que le sens commun perçoit comme le Roi des animaux. Geste qui n’est pas anodin et qui démontre toute la puissance politique du propos. En dire plus sans spoiler serait un gâchis total mais le comics fonctionne parce qu’il démontre que c’est le peuple qui est toujours le premier sacrifié dans une guerre, reprenant un des thèmes favoris de l’auteur, à savoir le pacifisme. Le peuple emprisonné dans ses libertés par Saddam Hussein sera ensuite pris dans le chaos provoqué par l’intervention américaine, alors qu’il pensait être libéré. Chacun des autres personnages et animaux sera une autre interprétation de personnes importantes d’Irak.

Bien sûr, tout ce discours ne serait rien sans une écriture des personnages au diapason. C’est encore une fois le cas, à travers des dialogues mettant en scène des personnages forts et plus humains sous leur apparence animale. Alors qu’on peut facilement critiquer l’anthropomorphisme, caractéristique de Disney, il permet ici et comme dans de nombreux récits de cette manière, de donner de la profondeur.

Enfin, impossible de ne pas terminer par les dessins de Niko Henrichon, dessinateur fabuleux et trop rare. Il brille dans sa colorisation et dans son trait simple mais surtout dans la force évocatrice de chacune des planches. Les images choisies par Alex vous permettront de comprendre rapidement la beauté qu’est ce comics et rien que pour ça, il mérite votre attention !

En bref, Les seigneurs de Bagdad est un bijou signé par Brian K. Vaughan ! Rempli de niveaux de lecture et d’intelligence dans le propos, enrobé dans un récit dynamique, le tout est magistral !

La note de Comics Grincheux : 

 

pour comprendre nos notes subjectives : 
5/5 J'adore 
4/5 Très cool 
3/5 Sympa 
2/5 Sans plus 
1/5 Bof 
0/5 Pas pour moi
Categories Alex, Comics Grincheux, Nos chroniques
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