[Review] Royal City Tome 1

We’ll never be royals, It don’t run in our blood.

La famille Pike vit à Royal City, ville industrielle anonyme comme il en existe des centaines aux Etats-Unis, voit son quotidien bouleversé suite à la crise cardiaque du père de famille. Ils vont tous se retrouver et essayer d’avancer, malgré le traumatisme d’un tragique évènement arrivé en 1993.

Royal City Tome 1
Histoire : Jeff Lemire
Illustrations : Jeff Lemire
Contient les épisodes Royal City #1-5
Publié par Urban Comics




L’avis d’Alex :

Un résumé du titre ne servirait à rien ici car mes deux collègues l’ont déjà très bien fait avant moi. Je vais donc directement vous donner mon avis sur ce titre.

Étant assez nouveau dans l’univers des comics, c’était la première fois que je me lançais dans la lecture d’une œuvre de Jeff Lemire. Ai-je bien fait de me lancer directement dans un récit écrit ET dessiné par cet auteur ?

L’auteur va montrer et raconter avec brio comment chacun vit le deuil à sa manière : ne pas réussir à se relever et se lamenter, se noyer dans le boulot ou l’alcool, avancer malgré tout. Quasiment tous les cas de figures y passent et sont décrits avec justesse.
C’est là la principale force de ce récit : réussir à aborder un thème aussi compliqué. Car oui, le thème réel de la mort est tabou dans notre société et notre culture. Ce n’est pas pour rien que l’on cache les cimetières à la vue de tous, derrière de hauts mûrs, isolés dans un coin de la ville. La mort est douloureuse et les cimetières nous le rappellent, on décide alors de détourner le regard pour ne pas y penser plutôt que d’accepter ses émotions.
On se retrouve donc avec des personnages profondément seuls, qui ne sont unis en apparence que par ce deuil commun. Cette solitude peut découler de souvenirs : chacun garde ses souvenirs, se perd dans ses derniers. Peut-être qu’ils ne veulent pas les partager avec les autres membres de leur famille tout simplement parce que c’est trop douloureux ou parce qu’ils ont peur de perdre ses précieux souvenirs. Ou ils sont tous simplement effrayés à l’idée que les autres les juges, les vois dans un moment de faiblesse même s’il s’agit de leur propre famille.
Au fur et à mesure que les pages défilent, on se surprend à éprouver de la pitié pour ces personnages, car on s’aperçoit que ce sont juste de pauvres bougres qui essayent non pas de vivre, mais de survivre.
Ici, Lemire décide d’aborder le sujet franchement, à sa façon. C’est-à-dire en décrivant les différentes manières dont est vécu la perte de quelqu’un de proche. Poussant le lecteur à s’identifier à un personnage.
S’identifier ? Dans une certaine mesure.
En effet il est impossible de s’identifier pleinement tellement les personnages sont clichés. Cela en est presque risible et c’est malheureusement le réel talon d’Achille de cette œuvre !
Il a pris le parti de dépeindre des personnages détestables, soit. Mais pourquoi sommes-nous capables de savoir à l’avance ce qu’ils vont faire ? Pourquoi chaque mise en tension n’a pas d’effet, car le rebondissement est prévisible ? Est-ce que Lemire a tellement rendu ces personnage proches de nous que nous sommes capables de prédire leurs actions ou sont-ils tout simplement trop clichés ?

La ville est traitée de manière intelligente, car on sent que Lemire veut qu’elle fasse partie intégrante de l’histoire. Il veut que ça soit celle qui fasse ressurgir les souvenirs de chacun. Certains l’ont quittée et ne reviennent quasiment pas, d’autres y sont restés et n’arrivent pas à avancer. C’est un concept que Lemire aurait pu, selon moi, pousser un peu plus loin.

Graphiquement je me suis sérieusement posé des questions en ouvrant le bouquin. En effet les dessins paraissaient assez enfantins, peu précis… bref, vraiment particuliers !
On est habitué à des dessins précis, léchés, avec de superbes encrages et là, on en est loin.
Pourtant, on s’y fait au fur à mesure que l’histoire avance. On s’aperçoit même qu’ils correspondent à l’ambiance que l’auteur veut poser, aux émotions des personnages. Une certaine torpeur se crée et on se laisse porter tranquillement dans la spirale qui ne fait que tirer les personnages vers le bas.

Je comprends qu’au vu du propos traité au cours des pages, Lemire ait voulu raconter une histoire qui lui tenait à cœur. Mais on ne peut pas s’empêcher de sentir comme un petit arrière goût de “je peux tout faire tout seul, je n’ai pas besoin des autres pour raconter mon histoire” qui pourrait vite être interprété comme une certaine mégalomanie. A chacun d’en juger…

Une œuvre très juste dans ses propos, qui aborde un thème pas facile à aborder : le deuil. Les dessins sont particuliers, mais on s’y fait au fur et à mesure du récit. On dénotera cependant un manque d’imagination dans les personnages qui sont tous très clichés à la façon d’une série TV à la française. Que vous aimiez ou non, ce livre ne vous laissera pas indifférent  (A ne pas lire si n’avez pas le moral !)

La note d’Alex : 

 

L’avis de Benoit :
Royal City, c’est l’histoire d’une ville, Royal City, et d’une famille, les Pike. Le père de cette famille est victime d’une attaque cardiaque dès les premières pages. Entraînant un regroupement de la famille autour de son hospitalisation.

Excusez-moi, je fais une petite pause. On est d’accord que Jeff Lemire c’est l’auteur qui a écrit Green Arrow New52 ou plus récemment Black Hammer ? Parce que là, je n’arrive pas à savoir si je viens d’écrire le speech du dernier titre du grand Jeff Lemire ou celui du dernier épisode de “Plus belle la vie”.  Excusez-moi de cet aparté, reprenons !

Chaque membre de cette famille a un trait de caractère ou un parcours dans la vie qui l’a construit et mené sur des chemins bien différents. On retrouve le fils écrivain célèbre en panne d’inspiration qui a épousé une actrice riche et belle. La fille qui met tout dans sa carrière même son couple. Le fils alcoolique et endetté. Sans parler de la mère, du père ou encore de l’événement tragique de 1993 !

Encore pardon mais dans la liste des clichés, Jeff Lemire met la barre haute. On est d’accord ? Bon d’accord, il a oublié l’enfant adopté, l’obèse, l’homosexuel ou encore l’enfant caché.  Il faudrait peut être lui souffler, on aurait alors le panel complet des familles de sitcoms.

Royal City, la ville est aussi un personnage central, on est bien d’accord mais dans ce premier tome sa place n’est pas encore à son maximum on est bien loin de l’impact que l’on peut trouver dans d’autres récit comme la trilogie du Bronx, Cleveland et bien d’autres encore, l’exercice est courant.

Heureusement que la construction du récit, la narration, les dialogues sont eux bien en place et de qualité, ça fait passer la pilule. La mise en abîme autour du quatrième enfant de la famille ainsi que son influence de manière différente sur chacun des membres est habile.

Peut être que l’on est plus dur avec les auteurs qui ont l’habitude de faire du haut niveau. Mais là je suis déçu ! La déception est appuyée par Lemire lui même. A la fin du livre, il fait une postface. Il le dit lui-même, ce n’est pas son habitude, alors pourquoi ? Il trouve son livre pas assez abouti ? il a peur que les lecteurs passent à coté de certains éléments ? Est-ce un aveu de faiblesse?

Le graphisme à l’aquarelle, au visage marqué, au contours irrégulier passe bien dans un récit intimiste mêlant conflit familial et social.

J’ai du mal à croire que cette histoire va continuer comme ça, j’ose espérer que Lemire va nous surprendre par la suite et que ce premier tome est un faux départ avant une claque dont il a le secret. En tout cas c’est ce que l’auteur nous promet.

Royal City signe ici un faux départ, remplit de personnage cliché. Le deuxième tome portera mes espoirs, j’espère que Jeff Lemire va redresser la barre.

La note de Benoit : 

 

L’avis de Ginlange :

Jeff Lemire est un scénariste double. Ecrivant activement un nombre important d’intrigues pour Marvel, de Moon Knight à Old Man Logan en passant par Extraordinary X-Men mais également auteur prolifique en creator owned.

C’est d’une de ses dernières créations personnelles dont je vais vous parler. Tout en écrivant le fabuleux Black Hammer chez Dark Horse, Lemire produit seul chez Image Comics, Royal City, nouvelle fresque de l’intime renouant avec sa fibre du réel, tel Essex County, sa première grande création.

L’histoire d’une famille réunie autour de la crise cardiaque du patriarche, dont les vieux fantômes refont surface et sont issus d’un passé trouble. Littéralement. Hanté par la mort d’un membre de la fratrie alors adolescent, chaque membre des Pike est aussi translucide que ses esprits qui rodent, ne pouvant, depuis ce terrible événement, véritablement avancer. Tous perdu d’une façon ou d’une autre, errant tel des reflets d’eux-mêmes, n’arrivant pas à nouer des liens avec les autres, sauf avec cette présence fantomatique, celle de ce membre de la famille essayant tant bien que mal de les aider.

Récit sensible s’attachant à décrire la vie de tout un chacun, « des vrais gens » comme le dira lui-même Lemire dans une postface des plus juste. Chaque personnage est parfaitement brossé, empli de contradictions et se bataillant chacun avec les problèmes du quotidien. Des situations difficiles, parfait inextricables, mais peut être qu’ensemble, ils pourront arriver à avancer. Tel est le message que Lemire semble nous transmettre en filigrane dans ce premier tome sonnant comme le prologue d’une longue exploration d’une famille (presque) comme les autres. J’ai, et cela des le premier chapitre d’une belle longueur de 40 pages, tout de suite été happé par ses portraits aussi justes que touchants d’êtres imparfaits et brisés par le passé. Les suivre, les comprendre et voir évoluer est passionnant, d’autant plus que le récit est dense et plein de rebondissements. Les suivre dans ce présent difficile tout en revenant subtilement, lentement, sur ce passé problématique. Une structure parfaite agrémenté de cet élément fantastique, cette présence  fantomatique d’une douce poésie.

Et je n’oublierai pas de mentionner le plus important des personnages à mon sens, la ville elle-même. Le cœur des événements, ville industrielle à l’abandon accumulant rancœur et espoir.

Lemire s’occupant lui-même d’illustrer son histoire ne la rend que plus belle. Son trait vraiment unique et personnel colle parfaitement à l’univers mélancolique de la série. Hésitant et atypique retranscrivant les émotions de ses êtres cassés à merveille. Cela rehaussé d’une colorisation à l’aquarelle apportant un supplément d’âme non négligeable.

Un véritable coup de cœur donc, qui je pense ne fera qu’augmenter au fur et à mesure d’une série qui s’annonce ample et atypique. Mais la neuvième issue venant de sortir outre atlantique la publication du deuxième tome n’est attendue chez nous que pour Juin.

Aussi bien coup de cœur que coup au cœur, Royal City est le récit sensible et juste d’une famille en proie au fantôme du passé et à l’incertitude du présent, véritablement passionnant.

La note de Ginlange : 

 

pour comprendre nos notes subjectives : 
5/5 J'adore 
4/5 Très cool 
3/5 Sympa 
2/5 Sans plus 
1/5 Bof 
0/5 Pas pour moi
Categories Alex, Ben, Ginlange, Nos chroniques
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