[Review] Imperium

Ave Harada !

La terre entière connait désormais l’existence des psiotiques et l’influence sur le monde du plus puissant d’entre eux : Toyo Harada. Ne pouvant plus œuvrer en secret pour façonner la terre à son image, celui-ci décide de commencer par annexer une partie de la Somalie pour créer son utopie, un refuge pour les oubliés de ce monde. La folie de cet idéaliste va l’amener à faire face à l’hostilité de presque toutes les nations et organisations gouvernementales. La partie commence !

Imperium
Histoire : Joshua Dysart
Illustrations : Doug Braitwaithe, Scot Eaton, CAFU et Khari Evans
Encrage : Doug Braitwaithe, Scot Eaton, CAFU et Khari Evans
Couleur : Andrew Dalhouse et Ulises Arreola
Contient les épisodes Imperium #1-16
Publié par Bliss Comics

L’avis de Ginlange :

Joshua Dysart avait, dès 2009 chez Vertigo, interpellé le public aussi bien que la critique avec Soldat inconnu, série en 4 tomes. Titre engagé, jouant avec la fiction pour dénoncer le réel. Repéré par Valiant, il va participer à la refonte de l’univers en se voyant confier le titre Harbinger. En une vingtaine de chapitres et près de mille pages regroupées dans une superbe intégrale disponible également chez Bliss Comics, celui-ci va créer des personnages humains et attachants en réinterprétant le titre pour le rendre plus actuel et sombre.

Impérium se différencie rapidement de son aîné. Là où Harbinger se distinguait par une approche intimiste, et terre à terre, où les états d’âmes des personnages passaient avant l’avancée de l’histoire, ici tout est plus grand. Les enjeux ne sont plus ceux d’adolescents perdus mais de pays en danger. Famine, dictateur, superpuissance, armes nucléaires, guerre, génocide, inégalité, etc. Mettant en scène un monde au bord du chaos et encore plus menacé par la révélation de l’existence des psiotiques, Dysart livre le bilan d’une humanité aux portes de la rupture, prête à exploser, où Harada ne fera qu’embrasser davantage la situation. Des conflits internationaux, une approche géopolitique passionnante des les premières pages. Cela doublé d’une science-fiction qui se veut réaliste et cohérente, comme toujours chez Valiant, donnant au titre un ton singulier et incroyablement proche du réel.

Ainsi, les seize chapitres sont d’une densité incroyable, chacun bourré d’idées, d’avancées, de réflexions à n’en plus pouvoir, Imperium est un sprint dans un chemin escarpé où il ne faut jamais s’arrêter. Une lecture intense et complexe, presque épuisante mais véritablement satisfaisante. Un rythme élevé et enlevé que la série doit également à ses personnages. Après une première partie dans laquelle nous faisons connaissance avec cette galerie de « monstres », s’en suit 3 arcs sous haute tension où ceux-ci prennent chacun à leur tour la part du lion. Ils sont croqués à merveille et tous d’une grande profondeur, provoquant tant dégoût qu’admiration. Tous d’une complexité peu commune, néanmoins l’un sort facilement du lot, le personnage le plus fascinant de l’univers Valiant : Toyo Harada.

Personnage tout en paradoxe, insaisissable et nous mettant dans une position profondément cathartique. Cet être froid et calculateur, ne recule devant rien (comme quelques milliers de pertes humaines) pour vouloir créer un monde meilleur : le sien ! Partagé entre des intentions louables et des méthodes expéditives, le récit pose la question suivante : mieux vaut-il un monde libre et fragile ou solide et totalitaire ? Je décerne également une mention spéciale à un personne m’ayant profondément marqué, Mech Major, où plutôt « soleil sur neige » comme il aime à s’appeler. Qu’est-ce qui différencie l’intelligence artificielle de l’être humain ? Une question s’épanouissant dans un grand nombre de comics, séries, films, de Blade Runner à Ghost in the Shell en passant par Alex + Ada. Mais peu de fois celle-ci aura été traitée avec tant de subtilité et de façon si touchante. A travers cet humain mécanique, le scénariste densifie encore plus sa série, lui rajoutant un autre degré de lecture.

Doug Braithwaite, Scot Eaton, CAFU et Khari Evans s’occupent d’illustrer ces jeux d’esprits et dilemmes moraux, certains avec plus de brio que d’autres. Je délivre sans l’ombre d’un doute la médaille d’or à CAFU, jeune par l’expérience mais grand par sa maitrise et la force de son trait. Il brosse à merveille l’un des arcs du tome m’ayant le plus emporté, « L’initiative vigne ». Ce qui m’amène à  évoquer la facilité et virtuosité avec laquelle Joshua Dysart lie à merveille son récit à l’univers Valiant. Suite direct d’Harbinger, Imperium est également lié par de superbes connexions à d’autres récits de l’univers, notamment deux d’entre eux. X-O Manowar, par la présence du peuple vigne, grand ennemi du héros en armure et de Divinity, par l’apparition de cet astronaute devenu divinité à l’autre bout de la galaxie. Pas de simples easter eggs, mais de véritables pivots dans l’évolution de la série, une maîtrise parfaite de l’univers partagé assez rare pour être souligné.

C’est ainsi qu’imperium au fil des pages questionne l’humanité. Reflet difforme de notre réalité, accentuant ses facettes les plus obscures pour mieux les dénoncer. Questionnant un régime politique semblant idéale, la démocratie, Dysart se demande constamment comment un monde autant à la dérive pourrait s’en sortir. Et c’est cela, la grande force d’Imperium. Une série posant des questions, sans pour autant en donner les réponses. Questionnant le monde, sans pour autant donner de solutions. Pas parce qu’il n’y en a pas, mais pour faire réfléchir par lui-même le lecteur, le faire réfléchir sur ce qu’il pense acquis, sur ses valeurs et sur le futur qu’il a envie de voir. S’il a envie de rester assis, ou de se lever, et d’agir.

Récit indispensable de l’univers Valiant, Imperium est d’une densité incroyable et d’une profondeur sans pareil. Questionnant notre monde à travers la fiction, poussant chacun à réagir au terrible constat que celui-ci décline, Dysart ne livre pas l’utopie pouvant sauver notre terre, mais nous offre surement un idéal de comics.

La note de Ginlange : 

 

pour comprendre nos notes subjectives : 
5/5 J'adore 
4/5 Trés cool 
3/5 Sympa 
2/5 Sans plus 
1/5 Bof 
0/5 Pas pour moi
Categories Ginlange, Nos chroniques
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