[Review] Croquemitaines livre 2

Que le grand Cric me croque !

CroquemitainesElliott et le Père La Mort sont poursuivis par une horde de Croquemitaines tous bien déterminés à en finir avec leur vieil ennemi et le petit garçon. De terribles combats s’engagent, sanglants et terribles et les pertes s’accumulent. Un enfant, un chien et un vieillard, fut-il légendaire, peuvent-ils vaincre une troupe de créatures assoiffées de sang ?

 

 

 

 

Croquemitaines - Livre 2
Auteur : Mathieu Salvia
Dessinateur : Djet
Publié par Glénat Comics

L’avis de Sonia Smith :

Alors que le premier volume nous avait abandonnés en pleine course-poursuite, nous revoilà immédiatement plongés dans l’action et des combats qui font rage entre le Père La Mort, protecteur du petit Elliott et ses adversaires. Toutes les forces se jettent dans la bataille et Elliott expérimente une nouvelle fois la perte d’un être cher. Ce second tome de Croquemitaines est profondément terrible et triste mais également plein d’espoirs.

En effet, Croquemitaines est un conte qui permet d’appréhender non seulement le deuil le plus terrible qui soit pour un enfant, celui de ses parents, mais également le passage à l’âge adulte. Le Croque-Mitaine représente aussi bien la fureur que l’enfant porte en lui, les frayeurs créées par son imaginaire qui lui cachent un monde plus terrible encore, celui des adultes, un monde où il sera seul, sans ses parents. Un univers de monstres, aussi épouvantable soit-il, est encore moins rude qu’un monde terne où un petit garçon se retrouve tout seul.

Le Père La Mort est un compagnon ambivalent pour Elliott, il est à la fois son protecteur, celui vers qui il veut se réfugier, celui qui semble être son seul réconfort mais ce refuge l’empêche de se tourner vers sa nouvelle vie d’adulte en devenir. Ce second tome représente finalement le choix que doit faire Elliott qui doit tendre les bras au doux réconfort de la mort ou la repousser pour accepter sa vie future.

Cette parabole est d’une grande dureté sur le fond mais tellement juste, écrite avec tellement de finesse qu’elle est d’une grande efficacité. On peut soit voir cette oeuvre comme une légende couchée sur le papier mais Mathieu Salvia nous invite à nous confronter à nos peurs et en particulier à la plus grande d’entre elles : la peur de la mort.

Comme dans le premier volume, le talent de Djet sublime cette aventure avec un univers graphique foisonnant, empruntant aussi bien au manga qu’à l’animation. Les visages émaciés des croquemitaines, la pénombre constante de laquelle émanent des yeux de monstres injectés de sang installent une atmosphère cauchemardesque rompue par quelques rares pauses plus tendres. Le bestiaire des Croquemitaines s’augmente encore de créatures monstrueuses plus ou moins sympathique comme Grand Papa Janvier par exemple. Mais attention, il ne s’agit pas d’un dictionnaire des croquemitaines et le cœur du récit est bien le petit Elliott et sa lutte pour l’acceptation de la mort de ses parents.

La conclusion de ce récit est magnifique et je dois confesser avoir versé une petite larme en refermant ce très beau récit. Mon seul regret est le choix fait par l’éditeur de couper l’aventure en deux tomes car ce second volume est un peu court. Mais c’est un détail et Glénat compense avec l’ajout, comme dans le premier, d’un très beau cahier graphique où l’on peut admirer les crayonnés de Djet, la colorisation des planches et de superbes hommages comme ceux de Denis Bajram, Ronan Toulhoat, Alexis Sentenac ou Bengal pour n’en citer que quelques uns.

Après un premier volume très réussi, Mathieu Salvia et Djet apportent une conclusion magistrale à ce très beau récit qu’est Croquemitaines. Si les créatures légendaires peuplent cette histoire de la première à la dernière page, cette histoire est avant tout celle du chagrin d’Elliott, un petit bonhomme confronté trop tôt à un deuil irréversible. Croquemitaines est la démonstration parfaite qu’on peut évoquer nos peurs et nos drames en invoquant des figures tout droit sorties des contes de notre enfance avec délicatesse et justesse. Salvia et Djet sont des conteurs de notre temps et ils réussissent parfaitement leur mission.

La note de Sonia Smith : 

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Categories Nos chroniques, Sonia Smith
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