[Review] Big Guy and Rusty the Boy Robot

Godzilla contre l’Amérique

Big GuyAu Japon, un groupe de scientifiques a décidé de recréer scientifiquement les conditions propices à la naissance de la vie. Une forme d’existence prend alors vie devant leurs yeux ébahis puis inquiets. Une entité commence à croître dans le laboratoire et échappe complètement à ses créateurs impuissants. Une sorte de dinosaure géant doté de la parole et d’une furieuse envie de revanche envers l’humanité se libère et se jette dans les rues de la capitale nippone. Rien ne semble pouvoir le stopper, a-t-on perdu tout espoir ?

 

 

 

Big Guy and Rusty the Boy Robot
Auteurs : Frank Miller et Geof Darrow
Dessinateur : Geof Darrow
Ce volume contient l'intégralité des épisodes de Big Guy and Rusty the Robot
Publié par Glénat Comics

L’avis de Sonia Smith :

Contrairement à d’autres lecteurs qui avaient pu découvrir Big Guy dans ses précédentes éditions, je n’avais jamais lu Big Guy auparavant, je ne suis jamais non plus tombée sur la version dessin animée. C’est donc avec un oeil naïf que j’aborde cette lecture prometteuse, pensez-donc : Frank Miller et Geof Darrow réunis sur un même titre !

Ce titre est clairement un hommage revendiqué à la culture populaire japonaise, à ses héros et à ses peurs. Frank Miller et Geof Darrow montrent dès les premières pages une société humaine complètement débordée à la fois par sa propre création et par des forces ancestrales qu’elle ne maîtrise pas le moins du monde, une société qui craint le déchaînement des éléments et de la puissance atomique et qui a un code de l’honneur chevillé au corps : on appelle à la rescousse une fois que la moitié du pays est dévasté !

Les deux artistes reprennent les grandes figures japonaises que sont Godzilla – même s’il n’est pas nommé et qu’il s’agit d’une variante – ou Astro Boy dans une version rousse avec Rusty the boy robot. Big Guy, bien qu’américain est aussi une référence aux mecha qui peuplent la culture asiatique. C’est un petit plaisir que de noter tous les clins d’oeil plus ou moins appuyés que Darrow parsème au fil des pages. Miller joue sur le registre de l’affrontement entre une humanité qui se croyait toute puissante et qui est vite dépassée face à des forces primales qui revendiquent l’antériorité de la vie sur Terre. Pour survivre d’une certaine manière, les humains peuvent choisir d’être absorbés et donc retrouver un instinct animal ou d’être anéantis. Ce sont deux êtres robotiques qui sont chargés de sauver le monde : on voit ainsi la technologie s’opposer à un organisme antédiluvien.

Quand j’ai refermé ce titre, je me suis d’abord dit que Big Guy était trop court et parfois bien caricatural dans ses propos : l’exaltation outrancière de l’Amérique sauveuse du monde par Miller est un peu lourdingue à la première lecture. En relisant l’ouvrage, j’ai vu davantage une critique de cette société américaine qui se veut surpuissante sur le plan de l’armement et qui se pense le gendarme du monde. Ce qui rend finalement Big Guy sympathique, c’est ce qui reste d’humain en lui, c’est ce qui fait sa faiblesse lorsqu’il affronte la Bête mais qui lui permet de trouver finalement les ressources nécessaires pour continuer le combat. Rusty est lui aussi autant un petit garçon qui veut plaire à ses créateurs qu’une simple machine – tout comme Astro avec lequel il a de nombreuses similitudes y compris graphiquement.

Je ne m’attendais donc pas, très sincèrement, à être séduite par ce titre auquel je ferais simplement le reproche d’être un peu court, même si, à l’époque, les auteurs s’étaient donné la possibilité d’une suite. Ce récit très court n’en est pas moins percutant si on le lit à plusieurs niveaux : celui d’une déclaration d’amour à la culture japonaise dans laquelle beaucoup d’entre nous ont été baignés et celui d’une critique du comportement humain à la fois si arrogant et sûr de lui quand tout va bien et si démuni lorsque des forces qui le dépassent se révèlent. Evidemment, on peut toujours dire que ce propos n’est pas spécialement original mais force est de reconnaître que Big Guy est plutôt bien écrit et surtout magnifiquement illustré par un Darrow en super forme.

Big Guy est servi par un duo de premier plan, Frank Miller et Geof Darrow réunis pour rendre hommage à la culture japonaise. C’est aussi pour eux l’occasion d’interroger de manière directe et percutante les grandes peurs de l’Humanité et de pointer ses travers. Malgré un récit un peu court, voici un titre qui ne laisse pas indifférent et pour lequel on peut trouver plusieurs niveaux de lecture.

La note de Sonia Smith : 

 

 

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Categories Nos chroniques, Sonia Smith
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